vendredi 26 mars 2010

MAL AU CORPS

"Tout va bien dans mon couple", voilà ce que je réponds à mes copines. Mais en réalité quelque chose planait. "Mon homme", comme j' aimais si bien l'appeler, n'était plus le même. Il rentrait à l'appartement très tard, histoire que je sois fatiguée et que je ne l'assaille pas de question emmerdante: "Alors qu'est-ce-que t'as fait aujourd'hui?", "Qu'est-ce-que t'as mangé?"etc... On ne se parlait plus que pour se faire des reproches: "T'as pas rabaissé la lunette des W.C!", "T'es jamais à la maison!", "Tu te maquilles trop!", "Tu me soûles", "T'as encore acheté du maquillage alors qu'il n'y a plus de lait!".
En bonne sentimentale qui aime les mélodrames, un soir, alors qu'on était dans le lit, avec une boule au ventre et le coeur qui s'accélère je me lance et je me décide enfin à lui poser la question fatidique: Vous savez la question qui nous brûle les lèvres, mais que nos cordes vocales refusent de sortir, car l'on sait pertinemment que la réponse peut nous être fatale. Il est 23h30, je me lance: "Qu'est-ce-qui nous arrive?"_ 23h31: toujours aucune réponse._23h32: La machine est lancée, je ne m'arrête plus: "Tu n'as rien à me dire?! J'ai l'impression qu'on ne se supporte plus! ça fait deux semaines qu'on vit comme des colocataires, aucune attention, aucun câlin! J'arrive enfin à mon but, je le sens crouler sous cet amas d' interrogations, il explose, mais contrairement à moi, une phrase lui suffit: "Il faut qu'on se sépare". On long débat s'ensuit, non, un monologue en réalité. Puis je lui dit: "C'est bien beau de se séparer, mais on vit tout de même ensemble, donc je vais chez Julie c'est ça?" En guise de réponse: un haussement d'épaule. "On est donc célibataire?" _ "Non, c'est une pause".Ses réponses monophrastiques m'exaspère.
Je suis en colère. Pourquoi? De m'être autant investit pour rien. Non finalement, j'étais en colère de m'être trop investit et de l'avoir étouffé. Oh! Je sais plus. J'en dors pas, et pourtant demain faudra aller travailler, sourire à des clients qui ne savent pas lire un prix derrière un article, ou à des clients qui nous monopolisent une heure pour trois barrettes. Je suis en colère contre tout. Tout s'écroule, tout mes repères.
Je pars chez Julie qui m'accueille à bras ouverts. Je suis atterrée. Elle veut me faire rire, mais je ne suis pas chez moi, avec l'homme que j'aime. Un seul sujet m'obsède: La pause. Je pleure, puis l'heure qui suit je suis en colère, je veux me venger, mais de quoi? Je m'apprête, je sors le décolleté, je change de coiffure avant de sortir, je découvre mes jambes, en espérant le croiser et provoquer chez lui un déclic. Résultat: Je ramasse des commentaires douteux des crevards de la rue des Lombards, sans jamais le croiser. Mon rythme de sommeil était passé de 8h à 4h. On réfléchi, on analyse, on monopolise la parole pour ne parler que de lui. Julie me confisque mon portable. Le but étant de ne pas lui donner de nouvelles. Je rentre à l'appartement quand il est absent, j' hume ses vestes, je range même l'horrible bordel qu'il a laissé. Je me fais engueuler par Julie, elle me donne son plan qui se résume en une phrase: "Fais-le galérer".
Une semaine passe, puis deux, en pleine rédaction de mon mémoire, je pète un plomb et décide de le voir pour parler et décider enfin de l'avenir de notre couple. Le rendez-vous était pris à 15h. Plus les minutes passent, plus ma boule au ventre grandit. J'ai peur et j'ai hâte de le voir. J'arrive à l'appartement de son collègue. Je monte les escaliers, mon coeur va sortir de ma poitrine, j'en peux plus. Je me dis: Sois forte! J'ouvre la porte, en inspirant profondément. Il est devant moi, encore plus beau que dans mes souvenirs. Je l'aime, c'est une certitude.
On s'isole pour discuter, il me prends dans ses bras en me disant qu'il m'aime et qu'il a bien réfléchi: notre histoire n'est pas prête de s'arrêter. Vous allez me dire: "C'est trop facile! Il te fais galérer et il claque des doigts pour que tu reviennes et tu le fais." Dans cette période de trouble, vous vous dîtes que la machine de guerre que je suis, a forcément écouté son orgueil et sa fierté et la remballé vite fait bien fait. Eh bien non! La machine de guerre a tout simplement écouté son coeur et s'est apaisée au creux de ses bras.

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