dimanche 5 avril 2009

Souvenirs souvenirs

J'avais 5 ans, j'étais une petite fille rondouillette, avec des cheveux blonds et ondulés (c'était avant les colorations), ma mère adorait tester de nouvelles modes vestimentaires sur moi, soit le caleçon à petits pois rouges et noirs avec le t-shirt sur lequel était joliment représentée une tête de nounours sur fond jaune. Puis, comme je ne prenais pas du tout soin de mes affaires, en particulier de mes chaussures et que je passais le plus clair de mon temps au sol en train de me bagarrer avec les garçons plutôt que de jouer à la marelle avec les autres filles, ma mère avait décidé de m'acheter des chaussures de randonnées, selon elle, « elles dureraient plus longtemps celles-là ! ».

Bref, ce jour-là, mes parents, mon petit frère (alors âgé de deux ans et demi) et moi allions fêter Pâques à la ferme de mes grands-parents à Roquemaure. J'adorais cet endroit, il y avait un tas de trucs, dont je ne soupçonnais même pas l'utilisation mais j'aimais jouer avec. Il y avait aussi Ibis et Oscar, le colley et l'épagneul breton de mon grand-père, mes deux meilleurs amis de l'époque. On se promenait dans les champs, puis j'allais dans le poulailler, pour tenter de faire voler les poules. Je pense que ma mère ignorait tout cela, car ce jour-ci, elle décida de me mettre une belle robe blanche brodée et des petites sandales ouvertes assorties.

J'étais fière, mais l'appel de la nature était plus fort.

Durant l'apéritif, (qui ne m'intéressait pas encore à l'époque), je suis sortie et allée vers la remise, comme toujours mon grand-père l'avait fermée. Mais sur le chemin de retour, j'ai vu (malheureusement pour ma mère), une grosse boîte carré en fer avec un robinet tout en bas. Cette découverte avait l'air marrante, puis un robinet c'est fait pour être tourné et s'il y avait des poissons emprisonné à l'intérieur?

J'ai tourné ce fameux robinet, mais au lieu des poissons c'est du fioul qui s'est déversé sur ma robe toute neuve et jusqu'alors d'un blanc éclatant.

J'entendis alors: « Aurélie! Où es-tu? On passe à table! ».

Mince! Ma mère m'appelait, je décidai de faire le tour de la maison, le temps de trouver une alternative. Mais mon père et ma mère s'étaient partagé le travail pour me chercher et en faisant le tour, je suis tombé sur mon père. Après une bonne fessée, m'ayant donné quelques rougeurs aux fesses, ma mère m'a déshabillée, m'a nettoyé et m'a mis dans la cour, dehors, croyant qu'en petite culotte j'aurai honte.

Plus préoccupée par cette fessée humiliante, têtue comme je l'étais (et comme je le suis toujours), je décidai de partir, d'aller chez Lionel, en petite culotte et pieds nus.

Oh!Lionel!

C'était le fils des amis de mes parents. Lionel Pruné! Il était grand, beau et fort, il avait douze ans tout de même. Il habitait pas loin de chez mes grands-parents, à dix minutes en passant par les vignes. Mes pieds me faisaient mal, mais au loin j'apercevais sa maison, la douleur commençait à s'estomper; j'allais retrouver mon amoureux!

Une fois devant le portail, j'ai entendu du bruit du coté de la piscine, il n'était pas seul, il était avec une fille et un garçon. Moi, bien décidée à voir l'homme de ma vie, j'ai fait le tour de la cour je me suis présentée devant Lionel (et le groupe aussi, par conséquent). Lionel s'est mis à rire, suivi de ses deux amis, et m'a dit: « Mais Aurélie! Qu'est-ce-que tu fais là? Tu es en culotte! ».

Il montrait ma culotte à bisounours du doigt, en se moquant. Mes yeux bleus plongés dans les siens, et si pleins d'admiration, s'étaient remplis de larmes. Je m'enfuis et, en chemin, je méditais sur la « honte ». Finalement mes parents avaient réussi à me punir, car certes je n'avais pas eu honte dans la cour de mes grand-parents mais j'avais enfin ressenti ce sentiment si angoissant, oppressant et si déstabilisant devant mon grand amour, cela était encore pire.

Une fois revenue à la maison de papé, ma mère qui me cherchait depuis dix minutes, me serrait dans ses bras, en criant: « Mais où étais-tu passée? ». Ouf! J'étais passé au travers d'une autre fessée!

Puis ma profonde tristesse s'est envolée quand je suis allée chercher les oeufs de Pâques dans le jardin, avec mon nouvel amoureux: Christophe, le fils d'un couple d'amis à mes parents, eux aussi, invités au repas.


Achard Aurélie LM2

1 commentaire:

Lydie a dit…

Beau texte aussi !
On s'y retrouve tous un peu :-)