Je n'ai pas appris à écrire, j'ai appris à dicter. Ainsi, j'ai eu plusieurs identités, parce que plusieurs écritures. J'ai essayé pourtant de former des lettres et d'apprivoiser ma main. Mais rien ne sortait. Un jour, j'ai dessiné une fleur, et ce jour-là, il s'est passé quelque chose de magique. Le cercle que j'avais formé était parfaitement rond. Alors je me suis dit que je savais faire les O. C'était un bon début.
Toutes les semaines, j'allais en ergothérapie. Adeline me faisait faire des lignes de O. Elle me donnait le modèle et je repassais par dessus. Petit à petit, j'ai appris à faire des lettres bâton, mais à l'école, il était plus pratique d'avoir un ordinateur. Alors j'ai accepté la magie. Mais très vite un autre problème se posa: la lenteur. Je ne tapais qu'avec un doigt. Impossible d'utiliser les autres. La raideur que j'ai dans le corps a eu raison de ce qui était pour moi essentiel: écrire avec un stylo et pas avec ma voix.
Lorsque j'écris, ce n'est jamais en silence, puisque maintenant, il existe la dictée vocale. Je dicte à mon ordinateur. Je suis donc personne et tout un tas d'êtres à la fois, comme si poser un stylo sur du papier pouvait déterminer ce que nous sommes.
Je n'ai jamais pu remplir d'encre un stylo qui était à sec; jamais eu le plaisir de former de belles majuscules.
Aujourd'hui encore je n'écris pas, je dicte, et l'application, le s-rapport que j'ai avec ma feuille n'est pas le même que si j'arrivais à ressentir le papier qui frémit sous ma plume.
L'écriture pour moi reste un acte inachevé, puisque du jour au lendemain, je change de main.
La rature, elle se fait dans ma tête. Je suis donc maître de mes idées. Il n'y aura jamais, concrètement, une trace de moi, puisque tous les jours je deviens un être différent.
vendredi 6 février 2009
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