lundi 22 décembre 2008

La chute.

« Quarante ans plus tard, Roger Zabelle et Ninon Bril se retrouvent dans leur salon. Toujours le même rituel, chaque jour, ils se retrouvent ici, pour tout au plus une heure, avant qu'elle regagne sa pièce, et lui la sienne. Ils connaissent le système par cœur : elle le rejoint vers 16h00, non, pas vers 16h00, à 16h00 pile, dans le salon, et ils y restent jusqu'à 17h00. Puis, ils ne se revoient plus jusqu'au lendemain.Cela fait aujourd'hui quarante ans qu'ils ne partagent qu'une heure par jour. Une heure qui se passe presque en silence. Presque, par ce qu'en réalité, Roger parle. Mais que lui. Pendant soixante minutes, il va se tenir debout devant elle et la fenêtre, une cigarette à la main. Il lui parle, mais jamais ne pose son regard sur elle, et encore moins, plonge ses yeux dans les siens. Pendant qu'il va se tenir droit, il va lui dicter tout ce qui s'est passé depuis la veille, du moment où ils se sont quittés, jusqu'à ce qu'ils se retrouvent dans le salon. Le seul moment où elle elle peut parler, c'est quand il lui demande de lui relire ce qui a été écrit la veille.
Mais pas un mot de plus. Il y à trente-huit ans, elle a voulu parler plus que ce qu'elle aurait dû.
Depuis, il lui faut une canne pour soutenir sa jambe droite.
La relecture ne doit pas dépasser les dix minutes, il doit pouvoir monopoliser les cinquante minutes suivantes.
Il va commencer son long récit, mais aujourd'hui, il y a quelque chose de changé... Sa voix est plus mélancolique, voire nostalgique. Il commence en lui disant que cette fois, elle n'a pas à écrire quoi que ce soit, il a déjà tout écrit...
« Aujourd'hui, nul besoin pour toi de copier. Par contre tu dois écouter. Ça fait quarante ans déjà... On va devoir s'arrêter là. Enfin quarante ans, pas tout à fait. Cela ferra quarante ans quand cet entretien sera terminé. Dans cinquante minutes, je ne serai plus qu'un souvenir, mauvais sans doute, mais un souvenir. Tu ne souffriras plus, sois-en sûre, si ce n'est du douloureux souvenir de deux êtres qui, pas très heureux, vécurent. Je suis conscient de t'avoir ôté la vie, mais je te la rends aujourd'hui.
« Quand je t'ai enlevée à tes parents, j'avais fait le serment que, si on ne t'enlevait pas à moi avant, je te relâcherais quarante ans plus tard et te libérerais de ton tourment.
Enfin, est-ce vrai ? Plus que quelques minutes, et je vais m'écraser sur le sol en dessous... Il en sera fini de nous, mais toi, quand tu partiras, où est-ce que tu iras ? Il y a quarante ans que tu as quitté ta famille, elle ne sera plus là quand tu partiras, ils sont sans doutes morts, tes parents. Tu resteras seule. Je vais monter sur ce rebord de fenêtre. J'y suis... Je saute... »
« Roger saute, et va s'écraser au sol... En sautant, il a laissé tomber un petit papier, elle le ramasse et le lit. :
« Si tu lis ce petit papier, c'est qu'il te reste encore cinq minutes avant d'être libre. Comme je l'ai dit avant de sauter, j'avais promis de te relâcher quarante ans après ton enlèvement. Il te reste encore à peu près trois minutes, avant d'être libre. Que vas tu faire ? La décision t'appartient. Plus que quelques secondes, fais ton choix... »
« Elle se dirige à son tour vers la fenêtre, monte sur le rebord, et saute... 4,3,2,1,0... ses yeux se ferment... Elle est libre... Le papier est tombé avec elle en atterrissant, il retombe sur le coté où était écrit :
« Réunis pour Toujours, ou séparés à Jamais. » »

Vieillesse et jeunesse.


« Ah les sales gosses ! Ils nous jettent encore de cailloux !! Passe moi la fronde, tu vas voir qu'ils vont nous foutre la paix !!! J'ai fait la guerre moi ! Qu'ils s'estiment heureux que je n'aille pas leur enfoncer du verre pillé dans l... »
« Georges voyons ! Reste Poli, veux-tu ?! »
« Comment le puis-je ? Non mais regarde-moi les ! »
« S'il te plaît, calme-toi ! J'aimerais lire en paix... »
« Oh la la... Tu ferais mieux de poser ce livre et de venir m'aider à les faire fuir... Allez, je leur jette un petit mégot pour rigoler... »

« Le mégot tombe par la fenêtre, et arrive dans la rue. Le bout rouge, encore fumant, tombe pile dans l'oeil gauche d'un des gosses... »

« Hé hé !! En plein d'ans l'oeil !! Bien fait pour toi !! »
« Mais Georges !! Il suffit !! Laisse-moi lire en paix ! Éloigne-toi de cette fenêtre !! »
« Et puis quoi encore ? Ils vont croire que je bat en retraite... Et puis tu lis quoi encore ? Un recueil de blagues ? »

« Il lui pris le livre des mains, et lut le titre... »

« La Bible ? Attend, je vais lire un peu... Hum...Huhum... Non... C'est pas drôle du tout... Par contre un barbu en pyjama, qui vient pour tous nous sauver... ... C'est encore une histoire de drogué ça ! Saloperie de hippies !! Avec leurs cheveux longs et leurs barbes. Ils mériteraient tous d'aller faire un tour à l'armée, ça leur ferait du bien... »
« Mais t'arrêtes un peu d'être méchant oui ? C'est pas une histoire de drogué. C'est une belle histoire, qui dit que si on est bon toute notre vie, on peut aller au Paradis... Et toi tu ne l'est pas... »
« Génial ! Quand on serra mort on va enfin être séparés ! Bon allez, viens ici avec moi on va jeter des cailloux ! »
« Non c'est mal ! Dieu n'approuvera pas ! »
« Mais ton dieu il est totalement réac'. Il a les cheveux qui lui bouffent le cerveau, et en plus, ceux qui lui tombent devant les yeux, l'empêchent de te voir... Bon, moi je jettes encore un caillou... Oh la la, en plein dans le nez !! Oh regarde ! Y'en a un qui t'appelle. »
« T'es sûr ? J'entends pas moi... »
« Mais si allez viens... »

« Elle se lève et s'approche de la fenêtre... Un des jeunes crie. »

« Oh non, ça sent le grand large, il a sorti la vieille !! »
« Ben tu vois qu'ils te parlent ah ah ah ah !!! »
« Ooooh les sales gosses, 'faut leur jeter un truc lourd !! »
« Je sais ce qui ferait l'affaire... »
« Quoi donc ? »

« Georges poussa la vieille par la fenêtre... »

« Attention !! Chute d'objets !! »

« Janine toucha le sol en écrasant trois enfants... »

« Et de trois, génial, et la vieille en moins... Elle va aller le voir son barbu, et il se rendra compte à quel point elle est lourde... hé hé... Ah tien, y'en a un qui se relève... Bof... Je vais lâcher les chiens... »

Pubs...

« La plus part des pubs dont je me souviens sont vraiment moisis. En parler reviendrait à leur rendre hommage... Et celles dont je me souviens ne m'ont pas vraiment influencé en quoi que ce soit... Par exemple, celle où l'on voit un chat dans une machine à laver n'a pas eu beaucoup d'effet sur moi... Par contre mon chat est allé dans la machine tout seul sans que je l'y pousse, mais il veut toujours pas entrer dans la marmite... Il y a cependant, trois pubs que je trouve absolument géniales, ce sont celles des pages jaunes. Elles proposent de trouver soit un tatoueur, soit un plombier, soit une pizzeria dans notre région. Mais pour comprendre, 'faut les avoir vue...

« D'autre, comme les pubs Sony, sont vraiment belles. Toutes les couleurs sont un ravissement pour les yeux. Celles que je trouve bien aussi, ce sont les affiches publicitaires. Elles sont bien, par ce que d'une on a le temps de bien les voir et les regarder (elles vont pas être remplacer par une autre dans la minute qui suit... peut être dans le futur, mais pas encore, profitons-en...), et de deux, par ce qu'on a le temps de les étudier, et de descendre en flèche l'affiche et son contenu à la moindre erreur (c'est un bon entraînement à la critique...). Ainsi, la visite de Gregory Basso est devenue une magnifique blague, à cause d'une (ou grâce à) belle faute d'orthographe... séance de « dédicaSSes »...On apprend aussi que des gens qui font des spectacles de danse style années 20, mais 80 ans plus tard..., vont passer dans un village où tous les vieux sont mort, ou presque, et où tous les jeunes devraient l'être... Mais bon, assez blablaté... Ça doit ce voir que les pubs ne me marquent pas des masses... En particulier celles pour les rasoirs, ou encore celles du ministère de la santé, sur la nourriture, ou l'alcool. Presque comme si elles avaient l'effet inverse de celui souhaité... A moins que ce ne soit mon cerveau qui soit à l'envers...

« En y réfléchissant bien, il y a une pub qui à « forgé » mon quotidien. Une vieille pub américaine, qui doit avoir une dizaine d'année. Dans cette pub, un dessinateur underground faisait la promotion de son travail, qui avait était regroupé (il s'agissait à la base de planches dessinées pour un journal). Cette pub fait partie des différents éléments de ma vie qui m'ont poussé à dessiner. Et aujourd’hui, en plus de dormir plus que nécessaire, c'est ce que je fais le plus de mes journées... »

Les trajets.

« Par quoi commencer ? Quel trajet ? J’en sais rien… Peut-être celui qui m’a permit de vaincre ma peur du noir… Vers mes 11 ans… Non, trop banal, et puis de toute façon, à bien y réfléchir, dire qu’une flamme (imaginaire bien sûr…) me suivait dans l’escalier sombre et sans éclairages, quand je partais le matin au collège, et qui s’arrêtait à la porte, n’est pas quelque chose de très palpitant. Donc, on oublie. Pourquoi pas celui où je me cogne contre mon premier poteau dans la rue ? Non, à part découvrir que le corps humain est fait de telle sorte, qu’il laisse une trace, même éphémère, de ce qui lui arrive, ce trajet ne pas servi à grand-chose… Ah si !! Je sais !! Tous les trajets fait sous la pluie !! Avec les flaques, et que sautais dedans… Non, maman n’aimait pas ça… Et à part prouver que quand j’étais gosse, j’étais un peu con, et que j’ai su rester gamin… Bref, passons. Ce n’est pas facile quand même, de trouver un bon trajet… Surtout pour un fainéant. Ooooh je sais !! Les trajets de mon esprit. Ça peut-être marrant de raconter comment mon esprit s’est rendu compte que le fait que l’on soit comme tout le monde, ou qu’on affiche une certaine différence, ne sert à rien quand on décide d’être plus chiant que la moyenne, on ne nous remarque pas forcément…Et donc, quitte à être chiant, autant être différant des autres. (Pourtant, moi planté au beau milieu d’un trottoir, juste pour faire chier, pour ne pas me voir, il faut en vouloir…). Non, finalement, on oublie aussi. Pourquoi ne pas raconter ce qui m’a passé par la tête, le jour où je fêtais mon anniversaire avec des potes, et que j’ai décidé de courir à poil partout dans le jardin en criant « Chaussettes, Chaussettes, Chaussettes, yaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa !! » et tout ce qui va avec… Ah ben non, j’étais bourré, c’était pas un résonnement conscient, et pas très utile non plus d’ailleurs. Ça ne compte pas. Par contre, je peux raconter le trajet de chez moi au magasin, où j’ai acheté de l’alcool pour cinq, mais pour moi… Quoi que non, il ne s’y ai rien passé, mis à part le caddie piqué (mais que j’ai rendu), par ce que j’avais la flemme de tout porter jusqu’à chez moi… Il y a toute succession de projection mentale aussi, dont je pourrais parler, celles que l’on a quand on est confortablement installé, et qu’on s’aperçoit qu’on doit se lever pour aller chercher un truc… Non, il y en a trop. Et en plus ça renforcerait mon côté fainéant, déjà connu de tous.

« Eurêka !! J’ai trouvé ! « J’étais trop près pour l’entrevoir. La réponse était devant moi, juste devant moi. […] Il me suffisait d’y penser, finalement ce n’est pas sorcier », je vais dire que tout ce que j’ai voulu écrire jusqu’ici, mais que finalement je me suis résigne de faire, fait parti du trajet que mon esprit a parcouru pour finalement écrire ce qui va suivre : J’ai fait beaucoup de trajets dans ma vie, que ce soit physiquement ou mentalement, mais en fin de compte, je me suis bien fait chier quand même. Bon, Ok, c’est un peu facile comme échappatoire, mais bon, si j’étais une personne qui réfléchit, ça se saurait… »

Les bruits de l’enfance.

" Un bruit de vitre brisée. Ça me rappelle la fois où je suis passé la tête la première dans un des carreaux de la vitre du magasin de mes parents. J’étais sur un petit camion en plastic. Je me souviens encore Du bruit des roues. Une sorte de grincement de plastic. Un grincement comme le faisait le rideau de fer du magasin. Un son plus métallique cette fois. Un bruit métallique, comme celui de mon premier taille crayon et ma première règle en fer qui s’entrechoquaient dans mon cartable. D’ailleurs, je me souviens du bruit que faisaient ses lanières qui frottaient sur mon t-shirt. Un bruit de tissu que l’on froisse avec force. Bien différent de celui du fer à repasser, lorsqu’il rentre en collision avec la planche. Une sorte de choc sourd, atténué en parti par le vêtement entre lui et la table. Parlons-en des chocs. Un des plus marquant, bien que presque inaudible, est un de ceux que j’entends encore aujourd’hui. Celui du crayon qui rentre en contact, avec une feuille. Il est d’ailleurs surprenant qu’il ne soit pas le premier à avoir était entendu, pour un travail d’écriture portant sur les sons… D’autres chocs encore, comme celui du petit corps d’un enfant qui, ne sachant pas encore marcher, chute au sol, les pieds encore entrecroisés. Bien sur, je ne me souviens pas du bruit de mes chutes, lorsque j’apprenais à marcher, ceux dont je me souviens, sont ceux des chutes de ma sœur, j’avais 6 ou 7 ans quand elle fit ses premières chutes. Je mes souviens aussi de ses rires, qui était une succession de « a ». Ce qui me fait penser au brouhaha que faisaient toutes les voix à l’unisson, quand on m’a apprit l’alphabet à l’école. L’école justement. Moi qui pensais avoir quitter pour toujours les cris et les rires, ainsi que les pleurs des écoles maternelles en quittant la mienne, m’y revois-ci plongé depuis 2 ou 3 semaines. Il y a une école maternelle à 20 mètres de chez moi. Les voitures qui, chaque matin et chaque soir, déposent et récupèrent les enfants, me rappellent aussi le boucan que fait la grande ville, avec toutes ses voitures. Une succession de bruits se mêlant les uns aux autres. Et autant de souvenir d’enfance. Un bruit pose, cependant, une question : Le jour où je me suis cogné contre une boite aux lettres, à cet âge ingrat, où l’on est pas assez grand pour les voir de loin, mais plus assez petit pour pouvoir passer dessous, ce jour là donc, quand j’ai cogné ma tête sur cette boite aux lettres, la quelle des deux, à sonnée creux ? »

Le Sac

« Bon, voyons pourquoi ce sac est si lourd… C’est quoi ça ? Ah oui ! Le castor que j’ai pris en bas de la montagne La c’est le fut de bière, mon kit de survie quoi. Une poêle pour me défendre contre les bêtes sauvages, des chaussures à talon, pour m’accrocher aux parois à escalader, sans oublier les cailloux ramasser sur la route. Il y a quoi dans cette boite ? Ah les fusées de détresses… ça reste ici ça, Ça me sert à rien… Bon, sans les fusées, ça devrait aller…Ah non, toujours aussi lourd. Ah ben forcément, si je part avec mon sommier… Allez, tu restes là, et je repasses te prendre au retour. Mais non ne pleure pas, c’est bon je revient te dis-je ! La table, non je la garde, ça peut toujours servir. Je suis sûr qu’en laissant la brosse à cheveux ici, ça sera bon. En effet, c’est moins lourd mais pas assez…. Bon il y a quoi d’autre ?...Hein ? Mais qu’est-ce donc ? Ah ma sœur ! Allez filles, on t’attends à la maison. Et récupère le chat aussi. Dis à maman que l’aquarium c’est moi qui l’ai, il est là dans le sac. Par contre les poissons ils se sont fait manger par la poêle. Bon, je dois pouvoir repartir maintenant. »

Quelques mètres plus loin et après un ramassage de cailloux et d’animaux abusif :

« Ce sac est toujours aussi lourd… Je vais laisser le touriste japonais ici. Les roues de vélo aussi. Je vais manger la marmotte et boire tout le fut de bière. »

Après avoir fini la bière :

« Punaise, maintenant c’est moi qui suis trop lourd. On va encore vider le sac pour compenser. La machine à laver elle reste là, finalement, je laverais le linge en rentrant. Pareil pour le sèche cheveux, je pousserais la neige, au lieu de la faire fondre. Non mais franchement ! Quel bazar la dedans… Mais quelle idée aussi d’avoir pris le sac de Dora l’exploratrice ! On peut tout y mettre ! »
« Sac à dos, sac à dos !! »
« Ho toi le sac silence !! Bon il y à quoi d’autre ? Rien, c’est bon, j’y vais alors. »

Au chaud dans une maison.

« Alors, en fin de compte, t’as trouvé ce qui était si lourd dans ton sac ? »
« Hé bien, j’ai continué ma route droit devant, je me suis encore arrêté une fois, mes sœurs m’avais mis 10 Kg de plomb au fond du sac… Mais en arrivant, j’ai enfin trouvé de quoi il s’agissait. »
« Et alors ? »
« C’était le poids de mon imagination je crois. Et la bouteille d’eau »

jeudi 4 décembre 2008

Caustique

_ Elle voulait une chute, elle fut brève, le sol se rapproche vite.

_ Je suis mauvaise en cuisine... comment aurais je pu savoir que le laurier rose n'est pas une épice ?!

_ Tu vois que la poêle était chaude ! ( ah non tu peux plus )

_ Il ne voulait faire qu'un avec la nature, son vœux est exhaussé.

_ Il n'a jamais du boire avec modération, il n'a même pas remarqué que c'était de la javel. pfff alcoolique!

_ Il croyait pouvoir entrer dans ma tête... j'ai eu plus de facilité à entrer dans la sienne avec une perceuse.

_ Elle aimait rouler vite, je pensais qu'elle n'avait plus besoin de la pédale de frein.

_ Tu voulais tant prendre le train, je t'y ai aidé. Mais tu n'as pas préciser que tu ne voulais pas le prendre de face.

_ Il disait " je t'ai dans la peau" j'ai vérifié, je n'y étais pas.

Hopper's Picture


« Veuillez agréer, Madame, mes sincères condoléances. »

Ainsi se termine la lettre du notaire, rangée dans son enveloppe par des mains fines et délicates, qui s’emparent maintenant du dossier joint pour le feuilleter. Elle croise et décroise les jambes encore une fois, geste devenu quasiment automatique depuis qu’elle est assise là, au rythme des soubresauts occasionnés pas le wagon qui la transporte ailleurs. Elle est seule dans ce compartiment vert, seule ombre d’un décor aux couleurs pauvres. Il est rare de trouver beaucoup de voyageurs à cette heure ci et surtout des femmes. Au soleil couchant elles sont normalement en train de préparer le dîner pour leur époux, à surveiller les enfants qui font leurs devoirs. Elle, elle est seule, assise à sa place dans un compartiment vide où se répand un bruit de rails sous le plancher.

Elle décroise les jambes, les recroise, arrange le bas de sa robe bleue nuit qui s’assombrit avec les heures à mesure que la nuit prend sa place autour du train. Elle lit les passages les plus importants, tourne une page, cherche, constate. Au bout de quelques minutes ses yeux se lèvent des pages blanches souillées de noir pour croiser le ciel flamboyant du soir. Sa main gauche caresse automatiquement une mèche de ses cheveux aussi rougeoyant que l’horizon. Le blanc de sa robe de mariée faisait ressortir ses cheveux roux, le noir du deuil également. Elle pose les mains sur ses genoux croisés, ses doigts bougeant l’anneau d’or autour de son annulaire gauche.

« Madame ? Désirez vous quelque chose ? »

Une voix douce et compatissante la sort de sa contemplation du paysage. Elle lève sur lui ses yeux émeraudes, lui accorde un faible sourire. Elle le remercie, l’employé s’éloigne en silence pour ne pas perturber le deuil de l’inconnue. Elle arrange son chapeau aussi sombre que sa tenue, sort un miroir et ravive le rouge de ses lèvres. Elle décroise les jambes encore une fois, et les recroise, alternant la droite et la gauche, les laisse insensibles aux mouvements du wagon. Ses mains ouvrent de nouveau le dossier du notaire, le testament de son défunt époux.

Elle n’a pas d’enfants, elle lui disait vouloir attendre que leur jeunesse passe, lui a trépassé. Elle feuillette le dossier d’une main absente, cela fait déjà une dizaine de fois qu’elle le lit, puis elle reprend la lettre, puis de nouveau le dossier. Elle décroise et recroise les jambes, encore… elle continuera jusqu’à sa nouvelle destination, loin de là d’où elle vient. Elle a perdu son identité avec sa mort à lui, elle porte la robe de l’inconnue, de l’anonyme mais tout le monde lui offre le visage du deuil et compatit. Elle ne sait plus quelle heure il est, elle ne sait plus qui elle est dans ce wagon, sur cette banquette.

Sa main se pose sur le carnet bleu posé à sa droite, elle le saisit pour le feuilleter avec légèreté; elle s’arrête sur sa page favorite, celle où elle a dessiné sa plante préférée. Elle aime les plantes et les fleurs, surtout les spécimens rares, elle aime faire des expériences avec, créer des parfums, faire de la confiture de rose… Oui elle aimait faire cela, et toujours d’ailleurs. Elle se replonge dans cette petite vague de souvenir, elle se remémore les milliers de fleurs qui tapissaient le jardin où elle avait dit « oui », où elle avait juré de l’aimer et de le chérir jusqu’à ce que la mort les sépare, elle était venue les séparer.

Il lui avait fait construire une véranda où elle pouvait recueillir toutes les fleurs et les plantes qu’elle voulait. Lorsqu’il revenait de voyage il lui ramenait toujours une espèce spécifique de là où il s’était rendu. Et elle, elle dessinait sur son carnet bleu ces plantes et ces fleurs, notant à coté leur nom, leur provenance… tout ce qu’elle pouvait en apprendre. Il ne lui reste plus que cela désormais, lui était partit nourrir la terre de son corps et elle, elle part vers une nouvelle contrée. Le train commence à ralentir, le garçon de tout à l’heure vient la prévenir qu’ils arrivent à destination. Elle acquiesce avant de se souvenir de toutes les fleurs qui avaient orné la tombe de son défunt mari. Sa main referme le dossier du notaire, faisant disparaître le chiffre colossale de son héritage.

Son index caresse de nouveau le dessin sur lequel s’ouvre le cahier bleu. Oui la Ciguë est vraiment sa plante favorite. Elle décroise les jambes et se lève pour descendre du train. Dans cette nouvelle vie elle s’appellera Rose et dans l’ancienne, comme toutes les précédentes, on l’appellera la Veuve Noire…