vendredi 28 novembre 2008

Elle et moi.


Un beau jour, de bon matin, vers 13h30, un lutin m'apparu. Pensant à des résidus de la soirée de la veille, je me suis dit qu'après deux aspirines et une bonne douche, il disparaîtra. Que né ni. En sortant de la douche je le vis qui m'attendais avec une serviette à la main.
_Bon allez, sèche-toi et habille-toi. J'ai un truc à te montrer.
_Heu... Quel truc ?
_Ben, ce que tu aurais pu être dans une autre vie. Tu t'ai toujours posé la question non ?
_Hue... Non jamais.
_Mais bien sûr que si. A moins que je me trompe... Tu est Jean-Michel non ?
_Ah non ! Moi c'est Tristan.
_Ah... Bon ben je me suis trompé alors. Mais vu que je suis là, tu vas me suivre.

Après m'être habillé, il m'attrapa la main. Tout est devenu noir d'un coup. Puis tout blanc.
_Un bloc opératoire ? Qu'est ce qu'on fait là ? Je suis médecin ?
_Non, regarde-toi naître.
_Ah cool !

On attendit une petite heure avant qu'un truc immonde pointe le bout de son nez (et pas au sens figuré...).
_Félicitation ! C'est une fille ! Dit le médecin.
_D'oh ? Je suis une fille ? T'aurais pu me prévenir !
_Non c'était une surprise. Me dit-il en ricanant. Bon allez, on va voir ailleurs.
_Attend je veux savoir comment je m'appelle.
_Aucun intérêt, tu vas être adoptée et rebaptisée.
_Ah bon ? Ben si elle est tout comme moi, je plain les parents hé hé.
_Ben on va voir ça. Allez, on va te voir dans 8 ans.

Comme tout à l'heure, tout devient noir. Changement de décor, levé de rideaux sur une cour d'école primaire. Au centre, des enfants. Au sol, une fille en pleurs et autour, les autres qui rient.
_Des sales gosses. C'est pas très bien de se moquer ainsi !! Je me retourne vers le lutin et lui demande de qui on se moque.
_De toi, enfin de ton autre toi. Tu devrais aller te voir non ? Mais avant je vais te rajeunir. Un gars de 20 ans qui parle à une gamine de 8 ans, ça risque de faire louche, non ?
_Ouais pas con.
_Bon, voilà, tu as 8 ans toi aussi. Va te voir.

Je me suis approché de moi, les murs de l'école sont les mêmes que ceux de celles où j'étais. Il semblerait pour l'instant qu'on a le même parcours. Je m'accoste enfin.
_Bonjour moi, 'fin j'veux dire toi. Ça va ? Tu t'as pas fait mal ? ( « Tu t'as pas fait mal »? Mais c'est quoi cette phrase ? Ah j'ai peut être pas que rétrécit, je suis comme à mes 8 ans... Je devais sûrement parler comme ça il y a 12 ans. Arrête de penser, tu vas te répondre.)
_Oui ça va. Je m'ai pas fait du mal. Mais les autres qui se moquent oui... Me dit-elle en larmes.
_Les écoutes pas. Ils sont tous bêtes.
_Oui... (elle renifle). Comment c'est ton nom ?
_Tristan et toi ? (je vais enfin savoir comment je m'appelle !!)
_Dylia... (elle renifle)
_Oh c'est un joli nom.
_Oui, maman dit comme toi. (elle renifle) Tu fais quoi dans la cours ?
_Ben rien. Je reste assis dans mon coin. J'aime pas jouer avec les autres. J'aime pas les autres.(Je fesais vraiment ça il y à 12 ans. Les souvenirs reviennent... Je renifle)
_Ah toi aussi tu les aimes pas les autres ? Comme moi (elle renifle, mais moins fortement).
_On va s'asseoir ensemble ? Y a mon petit mur là bas. Mais c'est mon mur ! (Je me souvient maintenant de cette photo où je suis seul assis, 'fin, c'est pas une photo, mais un souvenir sous la forme d'une photo, un souvenir figé... je renifle un peu plus fortement.)Tu le dis pas aux autres , hein ?!
_Oui.

On arrive enfin au petit muret. Entre temps j'ai eu le temps de réfléchir. C'est bien je découvre un, 'fin une, autre moi, mais je me re découvre en même temps... Je ne renifle plus.)On s'assoit Je vais poser La question bateau...
_Tu veux faire quoi plus grande ?
_Docteur et toi ?
_Je me souvient bien de ce que je voulais faire à cette époque... Je voulais être) Chiantifique.
_Tu veux dire scientifique ?
_Oui c'est ce que j'ai dit. (Ah, ça, ça a pas changé...)
_C'est bien... T'as des copains ?
_Heu... non pas vraiment. (A vrai dire j'étais seul...)
_C'est triste, moi j'en ai tout plein !!
_(Vas y, jette-moi ton bonheur à la tronche...) C'est bien.

Driiiiiiiiiing.
_Ah, c'est la fin de la crécréation. (Oui c'est ainsi que je disait il y a 12 ans.) Je dois l'ayer. (Comprendre ici : Je dois y aller...)
_Oui moi aussi. A plus tard mon copain.
_(C'est fou ce qu'on est vite copain à 8 ans... je renifle.) Oui, à plus tard. Te laisse plus faire par les autres tu veux ?
_Oui. Au revoir.
_A dans quelques années... (je renifle)
_Pourquoi tu renifles ?
_Pour rien. Allez, va.

Je retourne voir mon lutin...
_Alors cette rencontre ? Avec toi-même ?
_Le quel ?
_Les deux.
_Elle, 'fin, je suis très gentille. Et moi y a 8 ans fait tout de même peine à voir. On va où ? 'Fin quand ?
_On va faire un bond de 6 ans tu veux ?
_Ai-je le choix ?
_Non.
_Ben alors...

Le rideau se referme, changement de décor, il se rouvre.
_Voilà. En pleine rue. Me dit-il.
_Heu... Ouais... On est où là ?
_A Londres.
_Rien que ça ?
_Oui. Vous avez plus ou moins le même parcours. Alors que toi tu as déménagé dans le Gard, elle, elle est allée dans le nord. À Londres.
_Ok... Ok... Je rajeuni encore une fois jusqu'à 14 ans ?
_Tout juste Auguste.

Je la voix qui passe, et avec ma peau boutonneuse d'ado, je tente de m'accoster, sans trop me faire peur.
_Dylia !
_Oui ? (Une fille se retourna.)
_C'est Tristan. (L'avantage c'est que maintenant, on a un souvenir en commun, j'ai juste à faire appel à lui pour qu'elle se souvienne de moi...) On s'est connus en primaire, à Sête. Il y à 6 ans.
_... ... ... ... Heu... ... ... Ah oui je me souvient ! Ça remonte à loin.
_Pour moi c'est comme si il y avait 10 minutes...
_Alors. Quoi de news ?
_(Ah ben tien, le langage d'ado... on va s'amuser...) Ben pas grand chose... (Je fessais quoi à 14 ans moi... ? Ah oui. Et bien la) je suis au collège en France. Me demande pas c'que je branle ici. J'en sais k'dale... 'Fin bref... Et toi ?
_Ben comme tu le voix, je zone à Londres, je crèche ici avec mes vioques. J't'ai écouter il y a 6 ans. Et aujourd'hui, ben je suis entourée que de bons amis, et je suis enfin bien. Et je veux toujours être doctoresse. Dit-elle avec un petit rire. Et toi ?
_Bah.... Heu... Je suis pas mieux entouré qu'avant... J'dois avoir à tout péter 2 amis...(Ouais, à 14 ans, une seule main me suffisait pour compter touts mes amis...) Et je veux toujours être chiantifique. (Oui je suis resté très jeune... voire gamin...)Et rien de plus.
_(Elle rit) Mais c'est triste.
_T'as dit pareil y a 6 ans.
_Ah... (elle rit).
_Si non, ici tu t'en sorts avec tes amis ? 'Fin je veux dire, tu dois parle anglais couramment, non ?
_Of course. Don't you ?
_(J'étais une brèle en anglais à 14 ans... Je vais rien comprendre à ce qu'elle m'a dit...)Dé qué ?(c'est bien ce que je disais...)
_(Elle rit) J'ai dis : Bien sûr, et toi ?
_Gnagnagna... C'est bon hein... NON ! (Mais ce que je sais pas à 14 ans c'est que dans trois ans mon anglais serra aussi bon que le sien...)
_(Elle rit) Bon je te laisse. Je vais avoir cours. Ciao !
_Ah tu parles italien aussi ?
_Oh la la, que de sarcasmes... Je t'ai vexé ?(elle rit)
_Non c'est pour plaisanter. Bon à dans quelques années.
_Comment ?
_Non rien. Ciao... (je renifle).

Retour à mon lutin...
_Alors ?
_Ben y a un fossé entre nous deux... J'ai 14 ans, pas d'amis, et un avenir que je crois être le bon... Et elle, elle a des ami, et elle a l'air sûre de ce qu'elle veut faire... 'Fin j'ai l'air sûre de ce que je veux faire...
_Hé hé.
_C'est pas drôle...
_Je sais. Bon allez, on va voir vos 17 ans.

Toujours pareil, le truc avec les rideaux, le décor qui change... Et hop.
_Ah ! Je connais bien ici... Uzès.
_Oui en effet. Elle est revenue en France avec ses parents adoptifs. Elle est en section scientifique. En terminale, comme toi. On va la croiser dans 5 minutes normalement. Sois prêt. T'as pas besoin de rajeunir, en 3 ans t'as pas beaucoup changé.
_Merci...
_Te voilà. Va te voir.
_... ... ... ... Dylia ! Youhou !! (tout en discrétion).
_Oh... heu... Tristan ! Roh la la... T'as pas changé ! (elle rit)
_Grrrr... Merci...Bon alors ? Comment va ?
_Bien. JE rentre à Charles Gide en septembre. En terminale chiantifique.
_Eh ! C'est mon mot... (Oui je m'en sert toujours à 17 ans, et même à 20 d'ailleurs...)
_Désolée.
_Je plaisante... (Ouais, toujours aussi drôle...)Tu veux toujours être doctoresse alors ?
_Oui. Et toi ? Toujours chiantifique ?
_Heu... non... Je suis mal parti pour en tous cas. Je suis en terminale littéraire et avec une option anglais et art...Maintenant on peut se parler anglais...(et tien prends ça dans tes dents, espèce de sale moi ! Hé hé) Je me destine plus au dessin animé et au scénarisme.
_Ah c'est bien ça !
_Ouais... Ah et au fait ! Ça y est !! Il me faut mes deux mains pour conter mes amis. 'Fin, c'est juste par ce que j'ai pas 6 doigts par mains, si non une suffirait...
_Ah ah ! Moi j'ai mal supporté de quitter Londres, du coup, ben j'ai du mal à me refaire des amis. Mais bon, ça ira bientôt mieux. Mais dis m'en plus sur toi.
_Heu... j'ai pas grand chose à dire. Je sort d'une cuite.(Ce qui est vrai, et que doit aussi l'être à ce moment là, les vacances sont pas encore finies, les soirées doivent aller bon train. Hé hé !) Et donc du coup, ben j'ai un peu mal au crâne. Je viens aussi de m'apercevoir que ma nudité m'a valu d'être censuré au musée de la ville. J'espère que c'est pas un avant goût de mon avenir dans le ciné... (Elle rit). Si non j'ai du mal à me lever le matin.. ... ... ... et patati et patata et bla bla bla... (Ça a pas changé ça. J'aime pas parler de moi mais si on me le demande, je m'arrête plus...Ah, ça y est j'arrive à la fin...) Et voilà comment j'en suis arrivé là. (Et ben... Je suis pas chiant, c'est ça qui est bien...)
_Alors ça y est... Tu es devenu chiantifique. Me dit-elle en rigolant.
_Hé hé ! Oui c'est pour ça que je change de domaine. Hé hé !
_C'est bien.
_T'as rien à dire ? (Et ben...Je suis pas très bavarde...)
_Ben je suis plus sûre à 100 % de ce que je veux faire... 'Fin je veux dire que je ne suis pas contre l'idée de faire de la médecine, mais je ne suis plus totalement pour non plus.
_Ah c'est bien on a un point commun. Le « 'Fin je veux dire... »On a le même tic de langage. Tu sorts de temps en temps ?
_Non ! Je ne sorts pas. Et je reste chez moi à bosser.
_Ah bon tu ne sorts pas t'amuser un peu ? Boire verre avec des potes ou autres ?
_Non et l'alcool et tout le reste c'est le Mal !
_(... ... ... ... Je crois que je suis croyante... Elle me fait peut, elle est différente... Non, pas « elle » mais « je », je ne peux pas la rejeter, elle est moi... Je dois juste admettre que je suis différente de moi-même... C'est drôle de dire ça...) Heu... Le Mal ? T'es croyante ?
_Oui pourquoi ?
_Non comme ça pour savoir... ... Tu pense faire quoi dans... disons deux ans ?
_Je sais pas. Et toi ?
_Soit en école de dessin animé, ou de scénar, ou ailleurs.(Oui il y a trois ans, jamais je ne m'aurais imaginé entrain de traduire de l'ancien français...)
_Ah c'est bien, au moins tu sais quoi faire.
_Oui. Je vais sûrement me prendre une année sabbatique aussi, après le bac.
_Je t'envie.
_Heu... Je t'assure que je ne suis pas à envier. Je ne suis pas sûr de mon avenir, bien que j'ai des idées, je n'ai pas beaucoup d'amis, et le pire c'est que je m'en fout un peu...
_Peut être as-tu raison...
_Je sais, je sais... (Elle rit)
_Bon je vais te laisser.
_D'accord. A plus tard.
_Tien, tu dis à dans des années en général.
_J'aime bien varier les plaisirs...(Non mais pour qui je me prend... ?)
_Bon... A plus.
_Ah attend... (je dois savoir un truc... est-ce que) tu connais la blague du mec qui rentre dans un café ?
_Et qui fait plouf ? Oui.
_Ouais c'est ça ! Bon allez Ciao. (Je suis pas perdue c'est bien... 'Fin je veux dire, pas plus que moi...je renifle)

Retour au lutin.
_Alors ? Ce voyage ?
_Cool. J'en ai appris plus sur moi.
_Le quel ?
_Tous. Le pauvre gosse de 8 ans, le con de 14 et le pas drôle de 17... Tous là, réunis dans celui de 20... (je renifle et fait un sourire...)
_Et sur « ta » toi ?
_En fait on est pas si différent... Elle était sûre de ce qu'elle voulait avant, mais plus maintenant... On se retrouve au même point tous les deux...
_Et bien si tu veux tous savoir, à 20 ans elle sera comme toi, en fac de lettres à suivre ses cours sagement sans broncher, et à éviter les ennuis. Elle finira pas être attirée aussi pas le dessin comme toi...
_LA pauvre, c'est dommage...
_Oui. Bon, on rentre ?
_Non. Quitte à être sur Uzès, autant boire un coup. J't'offre une bière. ?
_Ben je suis un lutin irlandais voyons... Bien sûr que j'accepte !!

En entrant dans le bar, j'entends une voix...
_Alors Dylia ? Ce voyage ?
_Ben, mis à part le sexe, et le fait qu'il aime sortir, on est tous les deux pareils... En fin de compte je me plaît comme ça... (elle renifle...)

dimanche 16 novembre 2008

GABASSE ET YAMMA

– Eh, Manou ! Tu peux me raconter une histoire ?
– Mais tu n’écoutes jamais les histoires !
– Allez, allez ! Manou ! Juste une histoire.
– Bon, voilà : Yamma et Gabasse étaient amis et rivalisaient pour savoir lequel serait capable de faire le plus de mal possible. Leur mère évitait soigneusement toute rencontre afin de ne pas provoquer trop de dégâts. Yamma était un vrai garçon manqué. D’ailleurs on lui avait donné un prénom masculin en espérant que le hasard de la naissance fasse bien son travail. Malheureusement, Yamma au grand désespoir de sa mère, était une fille. Alors pour compenser, la jeune fille dès son plus jeune âge avait décidé de se comporter comme un garçon. Elle jurait, elle crachait, elle était sale et dégoûtante, mais ce qui frappait le plus ses proches, c’était qu’il lui manquait un doigt. Le majeur pour être exact. Ce petit désavantage ne l’empêchait pas de se bagarrer du matin au soir avec Gabasse. Leur jeu, si tant est que c’en fût un, était de se lancer des défis grotesques. Un jour, Gabasse avait même tenté d’étrangler la jeune fille, pour imposer sa force de garçon. En échange, Yamma lui avait tiré et arraché le peu de cheveux qu’il avait sur le crâne. Leur but, donc, était de faire le plus de mal possible.
Dans leur village, il y avait deux camps : celui des gentils, et celui des méchants. Personne n’était entre les deux. Gabasse et Yamma habitaient donc sur la rive droite, la rive des méchants. Le soleil frappait plus fort sur la rive droite. Allez savoir pourquoi, les gens étaient donc tous mats de peau. Sauf Yamma. Elle était aussi livide qu’un cadavre et avait les yeux presque aussi clairs que l’eau de la rivière. Elle trouvait cela injuste. Pourquoi tous les autres avaient la peau mate et les yeux noirs, excepté elle ? Elle se vengeait sur ce pauvre Gabasse, qui n’avait pas de père. Juste une mère, irascible et mesquine. Son nez était presque aussi crochu que celui des sorcières de contes de fées.
Gabasse était différent de sa mère. Il n’était pas aussi laid, et les gens autour disaient que Gabasse et Yamma étaient des monstres. Ils avaient fait de leur différence un prétexte pour faire du mal, une façon de montrer qu’ils existaient, qu’ils avaient leur place au village des méchants.
Mais un jour alors que nos deux ennemis publics à leurs jeux favoris, la mort par strangulation, une dame très jolie leur dit :
– Au fond, vous n’êtes pas si méchants. Vous cherchez juste à vous faire remarquer.
Gabasse, qui était de nature à se mettre en avant, répondit à la jolie dame que de toute façon, quoi qu’elle fasse et quoi qu’elle dise, lui et son amie resteraient à jamais méchants.
Alors la jolie dame pour les punir, mit une graine de pastèque dans le ventre de Yamma.
– Ceci est votre punition. C’est aussi votre lien. Ne le perdez jamais surtout. Car gare à vous, sinon !
– Pfffffff ! Qu’est-ce que j’en ai à faire qu’elle m’ait mis une graine de pastèque dans le ventre ! Ça ne m’empêchera pas de vivre, répondit Yamma d’un ton dédaigneux.
Deux mois passèrent. Et le ventre de Yamma commençait à s’arrondir comme une petite pastèque. Gabasse était donc obligé de calmer ses ardeurs, question combat. Ce ventre commençait à l’intriguer. Yamma continuait malgré tout à arracher le peu de cheveux que Gabasse possédait. Mais petit à petit, elle s’aperçut qu’en plus elle essayait de lui faire du mal, et plus son ventre s’arrondissait. Elle aurait bien tenté de percer sa petite pastèque, mais finalement elle trouvait cela amusant que Gabasse la porte parce qu’elle ne pouvait plus marcher. Que Gabasse lui apporte la nourriture, la fasse manger, oui, elle y trouvait un certain plaisir à ce jeu qui consistait désormais à mettre Gabasse plus bas que terre. Il ne pouvait plus faire de mal. C’était elle qui dominait, elle le savait.
Elle était la petite princesse dont le village des gentils vantait les louanges.
Nos deux amis, si on peut les appeler ainsi, avaient donc cessé tout contact physique méchant. Maintenant, Gabasse touchait la petite pastèque qui ne cessait de grossir. D’ailleurs, il ne comprenait pas pourquoi, puisqu’il ne touchait plus Yamma.
Ce petit jeu dura comme ça deux ans et demi. Yamma était une énorme pastèque. Petite graine avait grandi !
Un jour, on entendit des hurlements terribles qui provenaient de la chambre de la jeune fille. La pastèque était en train de se vider.
Au bout d’une heure de souffrances, Yamma comprit que plus rien ne serait jamais pareil. Que la gentille dame les avait bien punis, elle et Gabasse. Et que maintenant, il n’était plus question de se battre. Elle en pris conscience lorsqu’elle vit à côté d’elle une minuscule coquille de noix, dans laquelle se trouvait un bébé. Elle essaya péniblement de se relever. Mais elle était trop faible. Alors elle demanda à Gabasse ce qu’ils allaient faire de ce petit être innocent et pur. Gabasse lui répondit qu’ils le garderaient. Que de toute façon, c’était leur fille et que personne n’avait le droit de leur enlever.
Mais au bout de quelques jours, la jolie dame qu’on n’avait pas vue depuis deux ans et demi, revint. Elle dit à Yamma :
– Ce bébé m’appartient. C’est la deuxième partie de votre punition.
– Mais, madame, lui répondit Gabasse désespérée, nous nous sommes bien comportés pendant deux ans et demi. Pourquoi vouloir nous enlever notre petit bout de pastèque ?
– Parce que, répondit la dame, je croyais que vous aviez fait un pari : celui de faire le plus de mal possible.
A ces mots, la jolie dame emporta la coquille de noix, et le bébé avec.
– Et après, maman ? Raconte ce qui s’est passé après ! me demanda Mélissa.
Je ne savais pas quoi répondre. Car c’était la fin de l’histoire.
– Tu sais ma chérie, il y a des histoire qui ne se finissent pas bien.
– Je sais, je sais.
Quelques jours plus tard, mon téléphone sonna. Cela faisait au moins deux ans et demi qu’il n’avait pas sonné. J’étais en plein milieu d’un passage clouté lorsque je reconnus la voix d’Emmanuel. Je manquai de me faire renverser lorsque je m’en rendis compte, qu’il était à l’autre bout du fil.
– Voilà, Marine, c’était pour te dire que je suis papa d’un petit garçon.
– Je… je… je suis ravie pour toi, balbutiai-je.
– Et toi ? Comment ça va ?
– Ça va, ça va, doucement, mais ça va. J’ai eu Mélissa l’autre fois. Je lui ai raconté l’histoire de Gabasse et Yamma. Et pour la première fois, elle m’a parue tellement réceptive que je me suis mise à chialer.
– Ah. Ouais. Je t’embrasse.
– Non ! Surtout, ne m’embrasse pas !
– D’accord, je ne t’embrasse pas. Si tu vois Méli, tu lui feras un bisous de ma part, OK ?
– D’ac, promis. Et toi, embrasse ta petite graine.
Mes mains tremblaient, je refermai mon portable en pensant à Gabasse et Yamma, à la petite graine de pastèque. Mélissa, c’est ma punition, c’est notre lien. Notre petite graine de pastèque, à Emmanuel et moi.