dimanche 19 octobre 2008

Il était une fois.

Il était une fois un pays qui ne connaissait pas les beaux jours. Ni soleil, ni fleurs ne venaient l’égayer. C’était un endroit triste, sans vie presque. Seuls les poissons de la rivière glissaient mélancoliquement dans l’eau grise. Eau qui ne produisait aucun clapotis.
Il n’y avait pas de vent faisant danser les feuilles. Il ne pleuvait pas mais le ciel était gris. Aucun oiseau ne volait dans ce décor de film glauque.
Il y aurait pu y avoir des fleurs, leur couleur aurait été grisâtre, prenant la teinte des prairies alentours. La seule maison existante au centre du paysage n’était pas en ruine mais tout portait à croire qu’elle allait le devenir. Les fissures commençaient à manger les murs et les volets clos étaient rongés par l’usure du temps. On aurait pu enfoncer la porte d’un coup de pied, elle serait tombée en poussière, révélant une pièce sombre. Il y avait une grande table de bois, autrefois somptueuse, il n’y avait plus de chaises. La pièce qui avait dû servir de lieu de vie était aujourd’hui morte, la saleté s’accaparant le moindre centimètre carré de mur libre.
L’espace délimité autour de la masure et qui avait dû servir de jardin était en friches. Les feuilles et arbustes morts craquaient sous la semelle et la petite boite aux lettres n’avait plus de porte.
On voyait la rivière qui s’étendait à perte de vue mais on ne l’entendait pas et elle s’enfonçait dans un horizon encore plus sombre. La nuit ne devait surement pas exister ici, le noir était déjà bien trop présent pour pouvoir s’attribuer le peu de lumière qui arrivait à filtrer à travers les nuages. Même les insectes restaient tapis sous la couche de feuilles flétries et il n’y avait plus d’animaux. Aucun arbre ne venait troubler la ligne grise du lointain. Seuls quelques arbustes rabougris essayaient encore en vain de protéger la propriété autrefois privée des voyageurs inexistants.
Un volet grinça alors qu’il n’y avait pas un brin d’air. En fait, ce n’était que la porte des combles que ma mère venait de pousser.
- On t’a déjà raconté l’histoire de ce tableau ? Me demanda-t-elle. Il était une fois…
- Un pays qui ne connaissait pas les beaux jours, continuai-je, ni soleil ni fleur ne venait l’égayer.
Ma mère sourit et referma la porte.
Au lieu de me replonger dans le décor, j’ouvris la fenêtre et sentis la douce chaleur du soleil venir me réchauffer le visage.

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