jeudi 16 octobre 2008

DUREX

Ma chienne s’appelle Milka. Milka comme le chocolat. Et le plus étonnant, c’est que c’est vraiment une marmotte. Elle est gentille, gourmande, elle se fout pas mal de la pub qui vante la marque de ses croquettes. Pedigree, parce que votre chien le mérite. Moi je la copie, et je m’en suis aperçue ce matin. L’Oréal, parce que je le vaut bien. C’est exactement le même principe. Sauf que Milka, quand tu lui donnes du Pedigree ou de la pâtée pour chat, elle s’en fout du moment qu’elle a quelque chose à se mettre dans le gosier.
C’est une chienne d’assistance qui a faillie être réformée tellement elle était désobéissante. D’ailleurs, inutile de l’emmener à la fac. Remarque, ça me ferait une bonne attraction, une bonne pub à moi aussi.
Dans la série des chocolats, il y a ce poisson rouge qu’on voit tourner dans son bocal, coupable d’avoir trop mangé de mousse au chocolat, à tel point qu’on lui lance : « Tu pousses le bouchon un peu trop loin, Maurice ! ». C’est vrai, il a dépassé les bornes des limites, cette fois. Surtout lorsqu’il m’a présenté Michaël. Je dis ça parce que ce petit malin a eu la bonne idée de m’envoyer : « Tu pousses le bouchon un peu trop loin Maurice ! » comme sonnerie de téléphone. Alors, à chaque fois que je reçois un texto, j’entends les reproches de ma mère, les remarques désobligeantes de mon père, et toutes ces fichues normes de la société qui me répètent : « T’as trop mangé de mousse au chocolat, Marine ! »
Un jour, j’ai invité Michaël à la maison. Mauvaise idée ! Parce que son téléphone était rempli de sonneries débiles du style : « le plouf ça nous rend ouf ». Bref, machine à pub et joli séjour en perspective.
C’était pas un canon de beauté, pas comme le mec qu’on peut voir nu pour le parfum Boss. Mais bon, tant pis. J’avais besoin d’amour, et l’amour rend aveugle. Pourtant, j’aurais dû voir qu’il mesurait 1m 35, que même assise, je le dépassais. Il avait, à ce qu’il m’avait dit, un problème au genou, il boitait, mais je ne sais plus aujourd’hui si c’était pas dans sa tête que ça boitait.
En fait, c’était un voleur, un arnaqueur, un tricheur et un menteur, et je m’arrêterai là, sinon je vais tomber dans une vulgarité extrême, qui dépasserait la bienséance.
Premier jour : on regarde la télé en s’empiffrant de broonies aux pépites de chocolat, Papy Brossard, bien sûr. Tout va bien.
Deuxième jour : direction la FNAC à Nîmes pour aller chercher une je ne sais plus trop quoi. Il s’arrête, regarde les portables, -je précise les ordinateurs portables. Il me dit :
– T’en as un, toi !
Je lui réponds :
– Oui, un tout neuf, il a neuf mois.
– Ah ! c’est cool ! Moi, il m’en faudrait un pour le travail.
Car ce jeune homme a un emploi. Il travaille pour Solidarité Sida. D’ailleurs, en parlant de ça, il m’a fait décrypter toutes les pubs pour les préservatifs. C’était génial. Non, sans rigoler, j’aurais pu refaire le slogan : Durex, le bon réflexe !
Sauf que voilà : le troisième jour, quand on est rentrés à la maison, quand on est revenus de la FNAC, je n’ai pas eu le bon réflexe. Et le lendemain, un joli mot m’attendait sur la table : Bécasse, parce que tu le vaux bien.
Il m’avait piqué mon ordinateur. Et ma vie privée avec.
Cela dit, l’ordinateur, je m’en fous. Ça se change, on prend un crédit pour s’en racheter un autre, mais ça se change. Mais ma santé, c’est autre chose…
Alors, je me suis renseignée. Il ne travaille pas pour Solidarité Sida. Il n’a pas de difficultés pour marcher. Et il est recherché quasiment dans toute la France pour abus de confiance, vol et recel avec récidive.
Aujourd’hui, en allant à l’atelier d’écriture, j’ai mangé un Kitkat avec les deux femmes de ma vie en me disant que ce serait trop con de m’en aller car elles ne pourraient plus m’admirer en train de m’étouffer avec une barre chocolatée.
Alors, les amis, moi je vous le dis : Ayez toujours ce slogan en tête : Durex, le bon réflexe !

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