lundi 22 décembre 2008

La chute.

« Quarante ans plus tard, Roger Zabelle et Ninon Bril se retrouvent dans leur salon. Toujours le même rituel, chaque jour, ils se retrouvent ici, pour tout au plus une heure, avant qu'elle regagne sa pièce, et lui la sienne. Ils connaissent le système par cœur : elle le rejoint vers 16h00, non, pas vers 16h00, à 16h00 pile, dans le salon, et ils y restent jusqu'à 17h00. Puis, ils ne se revoient plus jusqu'au lendemain.Cela fait aujourd'hui quarante ans qu'ils ne partagent qu'une heure par jour. Une heure qui se passe presque en silence. Presque, par ce qu'en réalité, Roger parle. Mais que lui. Pendant soixante minutes, il va se tenir debout devant elle et la fenêtre, une cigarette à la main. Il lui parle, mais jamais ne pose son regard sur elle, et encore moins, plonge ses yeux dans les siens. Pendant qu'il va se tenir droit, il va lui dicter tout ce qui s'est passé depuis la veille, du moment où ils se sont quittés, jusqu'à ce qu'ils se retrouvent dans le salon. Le seul moment où elle elle peut parler, c'est quand il lui demande de lui relire ce qui a été écrit la veille.
Mais pas un mot de plus. Il y à trente-huit ans, elle a voulu parler plus que ce qu'elle aurait dû.
Depuis, il lui faut une canne pour soutenir sa jambe droite.
La relecture ne doit pas dépasser les dix minutes, il doit pouvoir monopoliser les cinquante minutes suivantes.
Il va commencer son long récit, mais aujourd'hui, il y a quelque chose de changé... Sa voix est plus mélancolique, voire nostalgique. Il commence en lui disant que cette fois, elle n'a pas à écrire quoi que ce soit, il a déjà tout écrit...
« Aujourd'hui, nul besoin pour toi de copier. Par contre tu dois écouter. Ça fait quarante ans déjà... On va devoir s'arrêter là. Enfin quarante ans, pas tout à fait. Cela ferra quarante ans quand cet entretien sera terminé. Dans cinquante minutes, je ne serai plus qu'un souvenir, mauvais sans doute, mais un souvenir. Tu ne souffriras plus, sois-en sûre, si ce n'est du douloureux souvenir de deux êtres qui, pas très heureux, vécurent. Je suis conscient de t'avoir ôté la vie, mais je te la rends aujourd'hui.
« Quand je t'ai enlevée à tes parents, j'avais fait le serment que, si on ne t'enlevait pas à moi avant, je te relâcherais quarante ans plus tard et te libérerais de ton tourment.
Enfin, est-ce vrai ? Plus que quelques minutes, et je vais m'écraser sur le sol en dessous... Il en sera fini de nous, mais toi, quand tu partiras, où est-ce que tu iras ? Il y a quarante ans que tu as quitté ta famille, elle ne sera plus là quand tu partiras, ils sont sans doutes morts, tes parents. Tu resteras seule. Je vais monter sur ce rebord de fenêtre. J'y suis... Je saute... »
« Roger saute, et va s'écraser au sol... En sautant, il a laissé tomber un petit papier, elle le ramasse et le lit. :
« Si tu lis ce petit papier, c'est qu'il te reste encore cinq minutes avant d'être libre. Comme je l'ai dit avant de sauter, j'avais promis de te relâcher quarante ans après ton enlèvement. Il te reste encore à peu près trois minutes, avant d'être libre. Que vas tu faire ? La décision t'appartient. Plus que quelques secondes, fais ton choix... »
« Elle se dirige à son tour vers la fenêtre, monte sur le rebord, et saute... 4,3,2,1,0... ses yeux se ferment... Elle est libre... Le papier est tombé avec elle en atterrissant, il retombe sur le coté où était écrit :
« Réunis pour Toujours, ou séparés à Jamais. » »

Vieillesse et jeunesse.


« Ah les sales gosses ! Ils nous jettent encore de cailloux !! Passe moi la fronde, tu vas voir qu'ils vont nous foutre la paix !!! J'ai fait la guerre moi ! Qu'ils s'estiment heureux que je n'aille pas leur enfoncer du verre pillé dans l... »
« Georges voyons ! Reste Poli, veux-tu ?! »
« Comment le puis-je ? Non mais regarde-moi les ! »
« S'il te plaît, calme-toi ! J'aimerais lire en paix... »
« Oh la la... Tu ferais mieux de poser ce livre et de venir m'aider à les faire fuir... Allez, je leur jette un petit mégot pour rigoler... »

« Le mégot tombe par la fenêtre, et arrive dans la rue. Le bout rouge, encore fumant, tombe pile dans l'oeil gauche d'un des gosses... »

« Hé hé !! En plein d'ans l'oeil !! Bien fait pour toi !! »
« Mais Georges !! Il suffit !! Laisse-moi lire en paix ! Éloigne-toi de cette fenêtre !! »
« Et puis quoi encore ? Ils vont croire que je bat en retraite... Et puis tu lis quoi encore ? Un recueil de blagues ? »

« Il lui pris le livre des mains, et lut le titre... »

« La Bible ? Attend, je vais lire un peu... Hum...Huhum... Non... C'est pas drôle du tout... Par contre un barbu en pyjama, qui vient pour tous nous sauver... ... C'est encore une histoire de drogué ça ! Saloperie de hippies !! Avec leurs cheveux longs et leurs barbes. Ils mériteraient tous d'aller faire un tour à l'armée, ça leur ferait du bien... »
« Mais t'arrêtes un peu d'être méchant oui ? C'est pas une histoire de drogué. C'est une belle histoire, qui dit que si on est bon toute notre vie, on peut aller au Paradis... Et toi tu ne l'est pas... »
« Génial ! Quand on serra mort on va enfin être séparés ! Bon allez, viens ici avec moi on va jeter des cailloux ! »
« Non c'est mal ! Dieu n'approuvera pas ! »
« Mais ton dieu il est totalement réac'. Il a les cheveux qui lui bouffent le cerveau, et en plus, ceux qui lui tombent devant les yeux, l'empêchent de te voir... Bon, moi je jettes encore un caillou... Oh la la, en plein dans le nez !! Oh regarde ! Y'en a un qui t'appelle. »
« T'es sûr ? J'entends pas moi... »
« Mais si allez viens... »

« Elle se lève et s'approche de la fenêtre... Un des jeunes crie. »

« Oh non, ça sent le grand large, il a sorti la vieille !! »
« Ben tu vois qu'ils te parlent ah ah ah ah !!! »
« Ooooh les sales gosses, 'faut leur jeter un truc lourd !! »
« Je sais ce qui ferait l'affaire... »
« Quoi donc ? »

« Georges poussa la vieille par la fenêtre... »

« Attention !! Chute d'objets !! »

« Janine toucha le sol en écrasant trois enfants... »

« Et de trois, génial, et la vieille en moins... Elle va aller le voir son barbu, et il se rendra compte à quel point elle est lourde... hé hé... Ah tien, y'en a un qui se relève... Bof... Je vais lâcher les chiens... »

Pubs...

« La plus part des pubs dont je me souviens sont vraiment moisis. En parler reviendrait à leur rendre hommage... Et celles dont je me souviens ne m'ont pas vraiment influencé en quoi que ce soit... Par exemple, celle où l'on voit un chat dans une machine à laver n'a pas eu beaucoup d'effet sur moi... Par contre mon chat est allé dans la machine tout seul sans que je l'y pousse, mais il veut toujours pas entrer dans la marmite... Il y a cependant, trois pubs que je trouve absolument géniales, ce sont celles des pages jaunes. Elles proposent de trouver soit un tatoueur, soit un plombier, soit une pizzeria dans notre région. Mais pour comprendre, 'faut les avoir vue...

« D'autre, comme les pubs Sony, sont vraiment belles. Toutes les couleurs sont un ravissement pour les yeux. Celles que je trouve bien aussi, ce sont les affiches publicitaires. Elles sont bien, par ce que d'une on a le temps de bien les voir et les regarder (elles vont pas être remplacer par une autre dans la minute qui suit... peut être dans le futur, mais pas encore, profitons-en...), et de deux, par ce qu'on a le temps de les étudier, et de descendre en flèche l'affiche et son contenu à la moindre erreur (c'est un bon entraînement à la critique...). Ainsi, la visite de Gregory Basso est devenue une magnifique blague, à cause d'une (ou grâce à) belle faute d'orthographe... séance de « dédicaSSes »...On apprend aussi que des gens qui font des spectacles de danse style années 20, mais 80 ans plus tard..., vont passer dans un village où tous les vieux sont mort, ou presque, et où tous les jeunes devraient l'être... Mais bon, assez blablaté... Ça doit ce voir que les pubs ne me marquent pas des masses... En particulier celles pour les rasoirs, ou encore celles du ministère de la santé, sur la nourriture, ou l'alcool. Presque comme si elles avaient l'effet inverse de celui souhaité... A moins que ce ne soit mon cerveau qui soit à l'envers...

« En y réfléchissant bien, il y a une pub qui à « forgé » mon quotidien. Une vieille pub américaine, qui doit avoir une dizaine d'année. Dans cette pub, un dessinateur underground faisait la promotion de son travail, qui avait était regroupé (il s'agissait à la base de planches dessinées pour un journal). Cette pub fait partie des différents éléments de ma vie qui m'ont poussé à dessiner. Et aujourd’hui, en plus de dormir plus que nécessaire, c'est ce que je fais le plus de mes journées... »

Les trajets.

« Par quoi commencer ? Quel trajet ? J’en sais rien… Peut-être celui qui m’a permit de vaincre ma peur du noir… Vers mes 11 ans… Non, trop banal, et puis de toute façon, à bien y réfléchir, dire qu’une flamme (imaginaire bien sûr…) me suivait dans l’escalier sombre et sans éclairages, quand je partais le matin au collège, et qui s’arrêtait à la porte, n’est pas quelque chose de très palpitant. Donc, on oublie. Pourquoi pas celui où je me cogne contre mon premier poteau dans la rue ? Non, à part découvrir que le corps humain est fait de telle sorte, qu’il laisse une trace, même éphémère, de ce qui lui arrive, ce trajet ne pas servi à grand-chose… Ah si !! Je sais !! Tous les trajets fait sous la pluie !! Avec les flaques, et que sautais dedans… Non, maman n’aimait pas ça… Et à part prouver que quand j’étais gosse, j’étais un peu con, et que j’ai su rester gamin… Bref, passons. Ce n’est pas facile quand même, de trouver un bon trajet… Surtout pour un fainéant. Ooooh je sais !! Les trajets de mon esprit. Ça peut-être marrant de raconter comment mon esprit s’est rendu compte que le fait que l’on soit comme tout le monde, ou qu’on affiche une certaine différence, ne sert à rien quand on décide d’être plus chiant que la moyenne, on ne nous remarque pas forcément…Et donc, quitte à être chiant, autant être différant des autres. (Pourtant, moi planté au beau milieu d’un trottoir, juste pour faire chier, pour ne pas me voir, il faut en vouloir…). Non, finalement, on oublie aussi. Pourquoi ne pas raconter ce qui m’a passé par la tête, le jour où je fêtais mon anniversaire avec des potes, et que j’ai décidé de courir à poil partout dans le jardin en criant « Chaussettes, Chaussettes, Chaussettes, yaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa !! » et tout ce qui va avec… Ah ben non, j’étais bourré, c’était pas un résonnement conscient, et pas très utile non plus d’ailleurs. Ça ne compte pas. Par contre, je peux raconter le trajet de chez moi au magasin, où j’ai acheté de l’alcool pour cinq, mais pour moi… Quoi que non, il ne s’y ai rien passé, mis à part le caddie piqué (mais que j’ai rendu), par ce que j’avais la flemme de tout porter jusqu’à chez moi… Il y a toute succession de projection mentale aussi, dont je pourrais parler, celles que l’on a quand on est confortablement installé, et qu’on s’aperçoit qu’on doit se lever pour aller chercher un truc… Non, il y en a trop. Et en plus ça renforcerait mon côté fainéant, déjà connu de tous.

« Eurêka !! J’ai trouvé ! « J’étais trop près pour l’entrevoir. La réponse était devant moi, juste devant moi. […] Il me suffisait d’y penser, finalement ce n’est pas sorcier », je vais dire que tout ce que j’ai voulu écrire jusqu’ici, mais que finalement je me suis résigne de faire, fait parti du trajet que mon esprit a parcouru pour finalement écrire ce qui va suivre : J’ai fait beaucoup de trajets dans ma vie, que ce soit physiquement ou mentalement, mais en fin de compte, je me suis bien fait chier quand même. Bon, Ok, c’est un peu facile comme échappatoire, mais bon, si j’étais une personne qui réfléchit, ça se saurait… »

Les bruits de l’enfance.

" Un bruit de vitre brisée. Ça me rappelle la fois où je suis passé la tête la première dans un des carreaux de la vitre du magasin de mes parents. J’étais sur un petit camion en plastic. Je me souviens encore Du bruit des roues. Une sorte de grincement de plastic. Un grincement comme le faisait le rideau de fer du magasin. Un son plus métallique cette fois. Un bruit métallique, comme celui de mon premier taille crayon et ma première règle en fer qui s’entrechoquaient dans mon cartable. D’ailleurs, je me souviens du bruit que faisaient ses lanières qui frottaient sur mon t-shirt. Un bruit de tissu que l’on froisse avec force. Bien différent de celui du fer à repasser, lorsqu’il rentre en collision avec la planche. Une sorte de choc sourd, atténué en parti par le vêtement entre lui et la table. Parlons-en des chocs. Un des plus marquant, bien que presque inaudible, est un de ceux que j’entends encore aujourd’hui. Celui du crayon qui rentre en contact, avec une feuille. Il est d’ailleurs surprenant qu’il ne soit pas le premier à avoir était entendu, pour un travail d’écriture portant sur les sons… D’autres chocs encore, comme celui du petit corps d’un enfant qui, ne sachant pas encore marcher, chute au sol, les pieds encore entrecroisés. Bien sur, je ne me souviens pas du bruit de mes chutes, lorsque j’apprenais à marcher, ceux dont je me souviens, sont ceux des chutes de ma sœur, j’avais 6 ou 7 ans quand elle fit ses premières chutes. Je mes souviens aussi de ses rires, qui était une succession de « a ». Ce qui me fait penser au brouhaha que faisaient toutes les voix à l’unisson, quand on m’a apprit l’alphabet à l’école. L’école justement. Moi qui pensais avoir quitter pour toujours les cris et les rires, ainsi que les pleurs des écoles maternelles en quittant la mienne, m’y revois-ci plongé depuis 2 ou 3 semaines. Il y a une école maternelle à 20 mètres de chez moi. Les voitures qui, chaque matin et chaque soir, déposent et récupèrent les enfants, me rappellent aussi le boucan que fait la grande ville, avec toutes ses voitures. Une succession de bruits se mêlant les uns aux autres. Et autant de souvenir d’enfance. Un bruit pose, cependant, une question : Le jour où je me suis cogné contre une boite aux lettres, à cet âge ingrat, où l’on est pas assez grand pour les voir de loin, mais plus assez petit pour pouvoir passer dessous, ce jour là donc, quand j’ai cogné ma tête sur cette boite aux lettres, la quelle des deux, à sonnée creux ? »

Le Sac

« Bon, voyons pourquoi ce sac est si lourd… C’est quoi ça ? Ah oui ! Le castor que j’ai pris en bas de la montagne La c’est le fut de bière, mon kit de survie quoi. Une poêle pour me défendre contre les bêtes sauvages, des chaussures à talon, pour m’accrocher aux parois à escalader, sans oublier les cailloux ramasser sur la route. Il y a quoi dans cette boite ? Ah les fusées de détresses… ça reste ici ça, Ça me sert à rien… Bon, sans les fusées, ça devrait aller…Ah non, toujours aussi lourd. Ah ben forcément, si je part avec mon sommier… Allez, tu restes là, et je repasses te prendre au retour. Mais non ne pleure pas, c’est bon je revient te dis-je ! La table, non je la garde, ça peut toujours servir. Je suis sûr qu’en laissant la brosse à cheveux ici, ça sera bon. En effet, c’est moins lourd mais pas assez…. Bon il y a quoi d’autre ?...Hein ? Mais qu’est-ce donc ? Ah ma sœur ! Allez filles, on t’attends à la maison. Et récupère le chat aussi. Dis à maman que l’aquarium c’est moi qui l’ai, il est là dans le sac. Par contre les poissons ils se sont fait manger par la poêle. Bon, je dois pouvoir repartir maintenant. »

Quelques mètres plus loin et après un ramassage de cailloux et d’animaux abusif :

« Ce sac est toujours aussi lourd… Je vais laisser le touriste japonais ici. Les roues de vélo aussi. Je vais manger la marmotte et boire tout le fut de bière. »

Après avoir fini la bière :

« Punaise, maintenant c’est moi qui suis trop lourd. On va encore vider le sac pour compenser. La machine à laver elle reste là, finalement, je laverais le linge en rentrant. Pareil pour le sèche cheveux, je pousserais la neige, au lieu de la faire fondre. Non mais franchement ! Quel bazar la dedans… Mais quelle idée aussi d’avoir pris le sac de Dora l’exploratrice ! On peut tout y mettre ! »
« Sac à dos, sac à dos !! »
« Ho toi le sac silence !! Bon il y à quoi d’autre ? Rien, c’est bon, j’y vais alors. »

Au chaud dans une maison.

« Alors, en fin de compte, t’as trouvé ce qui était si lourd dans ton sac ? »
« Hé bien, j’ai continué ma route droit devant, je me suis encore arrêté une fois, mes sœurs m’avais mis 10 Kg de plomb au fond du sac… Mais en arrivant, j’ai enfin trouvé de quoi il s’agissait. »
« Et alors ? »
« C’était le poids de mon imagination je crois. Et la bouteille d’eau »

jeudi 4 décembre 2008

Caustique

_ Elle voulait une chute, elle fut brève, le sol se rapproche vite.

_ Je suis mauvaise en cuisine... comment aurais je pu savoir que le laurier rose n'est pas une épice ?!

_ Tu vois que la poêle était chaude ! ( ah non tu peux plus )

_ Il ne voulait faire qu'un avec la nature, son vœux est exhaussé.

_ Il n'a jamais du boire avec modération, il n'a même pas remarqué que c'était de la javel. pfff alcoolique!

_ Il croyait pouvoir entrer dans ma tête... j'ai eu plus de facilité à entrer dans la sienne avec une perceuse.

_ Elle aimait rouler vite, je pensais qu'elle n'avait plus besoin de la pédale de frein.

_ Tu voulais tant prendre le train, je t'y ai aidé. Mais tu n'as pas préciser que tu ne voulais pas le prendre de face.

_ Il disait " je t'ai dans la peau" j'ai vérifié, je n'y étais pas.

Hopper's Picture


« Veuillez agréer, Madame, mes sincères condoléances. »

Ainsi se termine la lettre du notaire, rangée dans son enveloppe par des mains fines et délicates, qui s’emparent maintenant du dossier joint pour le feuilleter. Elle croise et décroise les jambes encore une fois, geste devenu quasiment automatique depuis qu’elle est assise là, au rythme des soubresauts occasionnés pas le wagon qui la transporte ailleurs. Elle est seule dans ce compartiment vert, seule ombre d’un décor aux couleurs pauvres. Il est rare de trouver beaucoup de voyageurs à cette heure ci et surtout des femmes. Au soleil couchant elles sont normalement en train de préparer le dîner pour leur époux, à surveiller les enfants qui font leurs devoirs. Elle, elle est seule, assise à sa place dans un compartiment vide où se répand un bruit de rails sous le plancher.

Elle décroise les jambes, les recroise, arrange le bas de sa robe bleue nuit qui s’assombrit avec les heures à mesure que la nuit prend sa place autour du train. Elle lit les passages les plus importants, tourne une page, cherche, constate. Au bout de quelques minutes ses yeux se lèvent des pages blanches souillées de noir pour croiser le ciel flamboyant du soir. Sa main gauche caresse automatiquement une mèche de ses cheveux aussi rougeoyant que l’horizon. Le blanc de sa robe de mariée faisait ressortir ses cheveux roux, le noir du deuil également. Elle pose les mains sur ses genoux croisés, ses doigts bougeant l’anneau d’or autour de son annulaire gauche.

« Madame ? Désirez vous quelque chose ? »

Une voix douce et compatissante la sort de sa contemplation du paysage. Elle lève sur lui ses yeux émeraudes, lui accorde un faible sourire. Elle le remercie, l’employé s’éloigne en silence pour ne pas perturber le deuil de l’inconnue. Elle arrange son chapeau aussi sombre que sa tenue, sort un miroir et ravive le rouge de ses lèvres. Elle décroise les jambes encore une fois, et les recroise, alternant la droite et la gauche, les laisse insensibles aux mouvements du wagon. Ses mains ouvrent de nouveau le dossier du notaire, le testament de son défunt époux.

Elle n’a pas d’enfants, elle lui disait vouloir attendre que leur jeunesse passe, lui a trépassé. Elle feuillette le dossier d’une main absente, cela fait déjà une dizaine de fois qu’elle le lit, puis elle reprend la lettre, puis de nouveau le dossier. Elle décroise et recroise les jambes, encore… elle continuera jusqu’à sa nouvelle destination, loin de là d’où elle vient. Elle a perdu son identité avec sa mort à lui, elle porte la robe de l’inconnue, de l’anonyme mais tout le monde lui offre le visage du deuil et compatit. Elle ne sait plus quelle heure il est, elle ne sait plus qui elle est dans ce wagon, sur cette banquette.

Sa main se pose sur le carnet bleu posé à sa droite, elle le saisit pour le feuilleter avec légèreté; elle s’arrête sur sa page favorite, celle où elle a dessiné sa plante préférée. Elle aime les plantes et les fleurs, surtout les spécimens rares, elle aime faire des expériences avec, créer des parfums, faire de la confiture de rose… Oui elle aimait faire cela, et toujours d’ailleurs. Elle se replonge dans cette petite vague de souvenir, elle se remémore les milliers de fleurs qui tapissaient le jardin où elle avait dit « oui », où elle avait juré de l’aimer et de le chérir jusqu’à ce que la mort les sépare, elle était venue les séparer.

Il lui avait fait construire une véranda où elle pouvait recueillir toutes les fleurs et les plantes qu’elle voulait. Lorsqu’il revenait de voyage il lui ramenait toujours une espèce spécifique de là où il s’était rendu. Et elle, elle dessinait sur son carnet bleu ces plantes et ces fleurs, notant à coté leur nom, leur provenance… tout ce qu’elle pouvait en apprendre. Il ne lui reste plus que cela désormais, lui était partit nourrir la terre de son corps et elle, elle part vers une nouvelle contrée. Le train commence à ralentir, le garçon de tout à l’heure vient la prévenir qu’ils arrivent à destination. Elle acquiesce avant de se souvenir de toutes les fleurs qui avaient orné la tombe de son défunt mari. Sa main referme le dossier du notaire, faisant disparaître le chiffre colossale de son héritage.

Son index caresse de nouveau le dessin sur lequel s’ouvre le cahier bleu. Oui la Ciguë est vraiment sa plante favorite. Elle décroise les jambes et se lève pour descendre du train. Dans cette nouvelle vie elle s’appellera Rose et dans l’ancienne, comme toutes les précédentes, on l’appellera la Veuve Noire…

vendredi 28 novembre 2008

Elle et moi.


Un beau jour, de bon matin, vers 13h30, un lutin m'apparu. Pensant à des résidus de la soirée de la veille, je me suis dit qu'après deux aspirines et une bonne douche, il disparaîtra. Que né ni. En sortant de la douche je le vis qui m'attendais avec une serviette à la main.
_Bon allez, sèche-toi et habille-toi. J'ai un truc à te montrer.
_Heu... Quel truc ?
_Ben, ce que tu aurais pu être dans une autre vie. Tu t'ai toujours posé la question non ?
_Hue... Non jamais.
_Mais bien sûr que si. A moins que je me trompe... Tu est Jean-Michel non ?
_Ah non ! Moi c'est Tristan.
_Ah... Bon ben je me suis trompé alors. Mais vu que je suis là, tu vas me suivre.

Après m'être habillé, il m'attrapa la main. Tout est devenu noir d'un coup. Puis tout blanc.
_Un bloc opératoire ? Qu'est ce qu'on fait là ? Je suis médecin ?
_Non, regarde-toi naître.
_Ah cool !

On attendit une petite heure avant qu'un truc immonde pointe le bout de son nez (et pas au sens figuré...).
_Félicitation ! C'est une fille ! Dit le médecin.
_D'oh ? Je suis une fille ? T'aurais pu me prévenir !
_Non c'était une surprise. Me dit-il en ricanant. Bon allez, on va voir ailleurs.
_Attend je veux savoir comment je m'appelle.
_Aucun intérêt, tu vas être adoptée et rebaptisée.
_Ah bon ? Ben si elle est tout comme moi, je plain les parents hé hé.
_Ben on va voir ça. Allez, on va te voir dans 8 ans.

Comme tout à l'heure, tout devient noir. Changement de décor, levé de rideaux sur une cour d'école primaire. Au centre, des enfants. Au sol, une fille en pleurs et autour, les autres qui rient.
_Des sales gosses. C'est pas très bien de se moquer ainsi !! Je me retourne vers le lutin et lui demande de qui on se moque.
_De toi, enfin de ton autre toi. Tu devrais aller te voir non ? Mais avant je vais te rajeunir. Un gars de 20 ans qui parle à une gamine de 8 ans, ça risque de faire louche, non ?
_Ouais pas con.
_Bon, voilà, tu as 8 ans toi aussi. Va te voir.

Je me suis approché de moi, les murs de l'école sont les mêmes que ceux de celles où j'étais. Il semblerait pour l'instant qu'on a le même parcours. Je m'accoste enfin.
_Bonjour moi, 'fin j'veux dire toi. Ça va ? Tu t'as pas fait mal ? ( « Tu t'as pas fait mal »? Mais c'est quoi cette phrase ? Ah j'ai peut être pas que rétrécit, je suis comme à mes 8 ans... Je devais sûrement parler comme ça il y a 12 ans. Arrête de penser, tu vas te répondre.)
_Oui ça va. Je m'ai pas fait du mal. Mais les autres qui se moquent oui... Me dit-elle en larmes.
_Les écoutes pas. Ils sont tous bêtes.
_Oui... (elle renifle). Comment c'est ton nom ?
_Tristan et toi ? (je vais enfin savoir comment je m'appelle !!)
_Dylia... (elle renifle)
_Oh c'est un joli nom.
_Oui, maman dit comme toi. (elle renifle) Tu fais quoi dans la cours ?
_Ben rien. Je reste assis dans mon coin. J'aime pas jouer avec les autres. J'aime pas les autres.(Je fesais vraiment ça il y à 12 ans. Les souvenirs reviennent... Je renifle)
_Ah toi aussi tu les aimes pas les autres ? Comme moi (elle renifle, mais moins fortement).
_On va s'asseoir ensemble ? Y a mon petit mur là bas. Mais c'est mon mur ! (Je me souvient maintenant de cette photo où je suis seul assis, 'fin, c'est pas une photo, mais un souvenir sous la forme d'une photo, un souvenir figé... je renifle un peu plus fortement.)Tu le dis pas aux autres , hein ?!
_Oui.

On arrive enfin au petit muret. Entre temps j'ai eu le temps de réfléchir. C'est bien je découvre un, 'fin une, autre moi, mais je me re découvre en même temps... Je ne renifle plus.)On s'assoit Je vais poser La question bateau...
_Tu veux faire quoi plus grande ?
_Docteur et toi ?
_Je me souvient bien de ce que je voulais faire à cette époque... Je voulais être) Chiantifique.
_Tu veux dire scientifique ?
_Oui c'est ce que j'ai dit. (Ah, ça, ça a pas changé...)
_C'est bien... T'as des copains ?
_Heu... non pas vraiment. (A vrai dire j'étais seul...)
_C'est triste, moi j'en ai tout plein !!
_(Vas y, jette-moi ton bonheur à la tronche...) C'est bien.

Driiiiiiiiiing.
_Ah, c'est la fin de la crécréation. (Oui c'est ainsi que je disait il y a 12 ans.) Je dois l'ayer. (Comprendre ici : Je dois y aller...)
_Oui moi aussi. A plus tard mon copain.
_(C'est fou ce qu'on est vite copain à 8 ans... je renifle.) Oui, à plus tard. Te laisse plus faire par les autres tu veux ?
_Oui. Au revoir.
_A dans quelques années... (je renifle)
_Pourquoi tu renifles ?
_Pour rien. Allez, va.

Je retourne voir mon lutin...
_Alors cette rencontre ? Avec toi-même ?
_Le quel ?
_Les deux.
_Elle, 'fin, je suis très gentille. Et moi y a 8 ans fait tout de même peine à voir. On va où ? 'Fin quand ?
_On va faire un bond de 6 ans tu veux ?
_Ai-je le choix ?
_Non.
_Ben alors...

Le rideau se referme, changement de décor, il se rouvre.
_Voilà. En pleine rue. Me dit-il.
_Heu... Ouais... On est où là ?
_A Londres.
_Rien que ça ?
_Oui. Vous avez plus ou moins le même parcours. Alors que toi tu as déménagé dans le Gard, elle, elle est allée dans le nord. À Londres.
_Ok... Ok... Je rajeuni encore une fois jusqu'à 14 ans ?
_Tout juste Auguste.

Je la voix qui passe, et avec ma peau boutonneuse d'ado, je tente de m'accoster, sans trop me faire peur.
_Dylia !
_Oui ? (Une fille se retourna.)
_C'est Tristan. (L'avantage c'est que maintenant, on a un souvenir en commun, j'ai juste à faire appel à lui pour qu'elle se souvienne de moi...) On s'est connus en primaire, à Sête. Il y à 6 ans.
_... ... ... ... Heu... ... ... Ah oui je me souvient ! Ça remonte à loin.
_Pour moi c'est comme si il y avait 10 minutes...
_Alors. Quoi de news ?
_(Ah ben tien, le langage d'ado... on va s'amuser...) Ben pas grand chose... (Je fessais quoi à 14 ans moi... ? Ah oui. Et bien la) je suis au collège en France. Me demande pas c'que je branle ici. J'en sais k'dale... 'Fin bref... Et toi ?
_Ben comme tu le voix, je zone à Londres, je crèche ici avec mes vioques. J't'ai écouter il y a 6 ans. Et aujourd'hui, ben je suis entourée que de bons amis, et je suis enfin bien. Et je veux toujours être doctoresse. Dit-elle avec un petit rire. Et toi ?
_Bah.... Heu... Je suis pas mieux entouré qu'avant... J'dois avoir à tout péter 2 amis...(Ouais, à 14 ans, une seule main me suffisait pour compter touts mes amis...) Et je veux toujours être chiantifique. (Oui je suis resté très jeune... voire gamin...)Et rien de plus.
_(Elle rit) Mais c'est triste.
_T'as dit pareil y a 6 ans.
_Ah... (elle rit).
_Si non, ici tu t'en sorts avec tes amis ? 'Fin je veux dire, tu dois parle anglais couramment, non ?
_Of course. Don't you ?
_(J'étais une brèle en anglais à 14 ans... Je vais rien comprendre à ce qu'elle m'a dit...)Dé qué ?(c'est bien ce que je disais...)
_(Elle rit) J'ai dis : Bien sûr, et toi ?
_Gnagnagna... C'est bon hein... NON ! (Mais ce que je sais pas à 14 ans c'est que dans trois ans mon anglais serra aussi bon que le sien...)
_(Elle rit) Bon je te laisse. Je vais avoir cours. Ciao !
_Ah tu parles italien aussi ?
_Oh la la, que de sarcasmes... Je t'ai vexé ?(elle rit)
_Non c'est pour plaisanter. Bon à dans quelques années.
_Comment ?
_Non rien. Ciao... (je renifle).

Retour à mon lutin...
_Alors ?
_Ben y a un fossé entre nous deux... J'ai 14 ans, pas d'amis, et un avenir que je crois être le bon... Et elle, elle a des ami, et elle a l'air sûre de ce qu'elle veut faire... 'Fin j'ai l'air sûre de ce que je veux faire...
_Hé hé.
_C'est pas drôle...
_Je sais. Bon allez, on va voir vos 17 ans.

Toujours pareil, le truc avec les rideaux, le décor qui change... Et hop.
_Ah ! Je connais bien ici... Uzès.
_Oui en effet. Elle est revenue en France avec ses parents adoptifs. Elle est en section scientifique. En terminale, comme toi. On va la croiser dans 5 minutes normalement. Sois prêt. T'as pas besoin de rajeunir, en 3 ans t'as pas beaucoup changé.
_Merci...
_Te voilà. Va te voir.
_... ... ... ... Dylia ! Youhou !! (tout en discrétion).
_Oh... heu... Tristan ! Roh la la... T'as pas changé ! (elle rit)
_Grrrr... Merci...Bon alors ? Comment va ?
_Bien. JE rentre à Charles Gide en septembre. En terminale chiantifique.
_Eh ! C'est mon mot... (Oui je m'en sert toujours à 17 ans, et même à 20 d'ailleurs...)
_Désolée.
_Je plaisante... (Ouais, toujours aussi drôle...)Tu veux toujours être doctoresse alors ?
_Oui. Et toi ? Toujours chiantifique ?
_Heu... non... Je suis mal parti pour en tous cas. Je suis en terminale littéraire et avec une option anglais et art...Maintenant on peut se parler anglais...(et tien prends ça dans tes dents, espèce de sale moi ! Hé hé) Je me destine plus au dessin animé et au scénarisme.
_Ah c'est bien ça !
_Ouais... Ah et au fait ! Ça y est !! Il me faut mes deux mains pour conter mes amis. 'Fin, c'est juste par ce que j'ai pas 6 doigts par mains, si non une suffirait...
_Ah ah ! Moi j'ai mal supporté de quitter Londres, du coup, ben j'ai du mal à me refaire des amis. Mais bon, ça ira bientôt mieux. Mais dis m'en plus sur toi.
_Heu... j'ai pas grand chose à dire. Je sort d'une cuite.(Ce qui est vrai, et que doit aussi l'être à ce moment là, les vacances sont pas encore finies, les soirées doivent aller bon train. Hé hé !) Et donc du coup, ben j'ai un peu mal au crâne. Je viens aussi de m'apercevoir que ma nudité m'a valu d'être censuré au musée de la ville. J'espère que c'est pas un avant goût de mon avenir dans le ciné... (Elle rit). Si non j'ai du mal à me lever le matin.. ... ... ... et patati et patata et bla bla bla... (Ça a pas changé ça. J'aime pas parler de moi mais si on me le demande, je m'arrête plus...Ah, ça y est j'arrive à la fin...) Et voilà comment j'en suis arrivé là. (Et ben... Je suis pas chiant, c'est ça qui est bien...)
_Alors ça y est... Tu es devenu chiantifique. Me dit-elle en rigolant.
_Hé hé ! Oui c'est pour ça que je change de domaine. Hé hé !
_C'est bien.
_T'as rien à dire ? (Et ben...Je suis pas très bavarde...)
_Ben je suis plus sûre à 100 % de ce que je veux faire... 'Fin je veux dire que je ne suis pas contre l'idée de faire de la médecine, mais je ne suis plus totalement pour non plus.
_Ah c'est bien on a un point commun. Le « 'Fin je veux dire... »On a le même tic de langage. Tu sorts de temps en temps ?
_Non ! Je ne sorts pas. Et je reste chez moi à bosser.
_Ah bon tu ne sorts pas t'amuser un peu ? Boire verre avec des potes ou autres ?
_Non et l'alcool et tout le reste c'est le Mal !
_(... ... ... ... Je crois que je suis croyante... Elle me fait peut, elle est différente... Non, pas « elle » mais « je », je ne peux pas la rejeter, elle est moi... Je dois juste admettre que je suis différente de moi-même... C'est drôle de dire ça...) Heu... Le Mal ? T'es croyante ?
_Oui pourquoi ?
_Non comme ça pour savoir... ... Tu pense faire quoi dans... disons deux ans ?
_Je sais pas. Et toi ?
_Soit en école de dessin animé, ou de scénar, ou ailleurs.(Oui il y a trois ans, jamais je ne m'aurais imaginé entrain de traduire de l'ancien français...)
_Ah c'est bien, au moins tu sais quoi faire.
_Oui. Je vais sûrement me prendre une année sabbatique aussi, après le bac.
_Je t'envie.
_Heu... Je t'assure que je ne suis pas à envier. Je ne suis pas sûr de mon avenir, bien que j'ai des idées, je n'ai pas beaucoup d'amis, et le pire c'est que je m'en fout un peu...
_Peut être as-tu raison...
_Je sais, je sais... (Elle rit)
_Bon je vais te laisser.
_D'accord. A plus tard.
_Tien, tu dis à dans des années en général.
_J'aime bien varier les plaisirs...(Non mais pour qui je me prend... ?)
_Bon... A plus.
_Ah attend... (je dois savoir un truc... est-ce que) tu connais la blague du mec qui rentre dans un café ?
_Et qui fait plouf ? Oui.
_Ouais c'est ça ! Bon allez Ciao. (Je suis pas perdue c'est bien... 'Fin je veux dire, pas plus que moi...je renifle)

Retour au lutin.
_Alors ? Ce voyage ?
_Cool. J'en ai appris plus sur moi.
_Le quel ?
_Tous. Le pauvre gosse de 8 ans, le con de 14 et le pas drôle de 17... Tous là, réunis dans celui de 20... (je renifle et fait un sourire...)
_Et sur « ta » toi ?
_En fait on est pas si différent... Elle était sûre de ce qu'elle voulait avant, mais plus maintenant... On se retrouve au même point tous les deux...
_Et bien si tu veux tous savoir, à 20 ans elle sera comme toi, en fac de lettres à suivre ses cours sagement sans broncher, et à éviter les ennuis. Elle finira pas être attirée aussi pas le dessin comme toi...
_LA pauvre, c'est dommage...
_Oui. Bon, on rentre ?
_Non. Quitte à être sur Uzès, autant boire un coup. J't'offre une bière. ?
_Ben je suis un lutin irlandais voyons... Bien sûr que j'accepte !!

En entrant dans le bar, j'entends une voix...
_Alors Dylia ? Ce voyage ?
_Ben, mis à part le sexe, et le fait qu'il aime sortir, on est tous les deux pareils... En fin de compte je me plaît comme ça... (elle renifle...)

dimanche 16 novembre 2008

GABASSE ET YAMMA

– Eh, Manou ! Tu peux me raconter une histoire ?
– Mais tu n’écoutes jamais les histoires !
– Allez, allez ! Manou ! Juste une histoire.
– Bon, voilà : Yamma et Gabasse étaient amis et rivalisaient pour savoir lequel serait capable de faire le plus de mal possible. Leur mère évitait soigneusement toute rencontre afin de ne pas provoquer trop de dégâts. Yamma était un vrai garçon manqué. D’ailleurs on lui avait donné un prénom masculin en espérant que le hasard de la naissance fasse bien son travail. Malheureusement, Yamma au grand désespoir de sa mère, était une fille. Alors pour compenser, la jeune fille dès son plus jeune âge avait décidé de se comporter comme un garçon. Elle jurait, elle crachait, elle était sale et dégoûtante, mais ce qui frappait le plus ses proches, c’était qu’il lui manquait un doigt. Le majeur pour être exact. Ce petit désavantage ne l’empêchait pas de se bagarrer du matin au soir avec Gabasse. Leur jeu, si tant est que c’en fût un, était de se lancer des défis grotesques. Un jour, Gabasse avait même tenté d’étrangler la jeune fille, pour imposer sa force de garçon. En échange, Yamma lui avait tiré et arraché le peu de cheveux qu’il avait sur le crâne. Leur but, donc, était de faire le plus de mal possible.
Dans leur village, il y avait deux camps : celui des gentils, et celui des méchants. Personne n’était entre les deux. Gabasse et Yamma habitaient donc sur la rive droite, la rive des méchants. Le soleil frappait plus fort sur la rive droite. Allez savoir pourquoi, les gens étaient donc tous mats de peau. Sauf Yamma. Elle était aussi livide qu’un cadavre et avait les yeux presque aussi clairs que l’eau de la rivière. Elle trouvait cela injuste. Pourquoi tous les autres avaient la peau mate et les yeux noirs, excepté elle ? Elle se vengeait sur ce pauvre Gabasse, qui n’avait pas de père. Juste une mère, irascible et mesquine. Son nez était presque aussi crochu que celui des sorcières de contes de fées.
Gabasse était différent de sa mère. Il n’était pas aussi laid, et les gens autour disaient que Gabasse et Yamma étaient des monstres. Ils avaient fait de leur différence un prétexte pour faire du mal, une façon de montrer qu’ils existaient, qu’ils avaient leur place au village des méchants.
Mais un jour alors que nos deux ennemis publics à leurs jeux favoris, la mort par strangulation, une dame très jolie leur dit :
– Au fond, vous n’êtes pas si méchants. Vous cherchez juste à vous faire remarquer.
Gabasse, qui était de nature à se mettre en avant, répondit à la jolie dame que de toute façon, quoi qu’elle fasse et quoi qu’elle dise, lui et son amie resteraient à jamais méchants.
Alors la jolie dame pour les punir, mit une graine de pastèque dans le ventre de Yamma.
– Ceci est votre punition. C’est aussi votre lien. Ne le perdez jamais surtout. Car gare à vous, sinon !
– Pfffffff ! Qu’est-ce que j’en ai à faire qu’elle m’ait mis une graine de pastèque dans le ventre ! Ça ne m’empêchera pas de vivre, répondit Yamma d’un ton dédaigneux.
Deux mois passèrent. Et le ventre de Yamma commençait à s’arrondir comme une petite pastèque. Gabasse était donc obligé de calmer ses ardeurs, question combat. Ce ventre commençait à l’intriguer. Yamma continuait malgré tout à arracher le peu de cheveux que Gabasse possédait. Mais petit à petit, elle s’aperçut qu’en plus elle essayait de lui faire du mal, et plus son ventre s’arrondissait. Elle aurait bien tenté de percer sa petite pastèque, mais finalement elle trouvait cela amusant que Gabasse la porte parce qu’elle ne pouvait plus marcher. Que Gabasse lui apporte la nourriture, la fasse manger, oui, elle y trouvait un certain plaisir à ce jeu qui consistait désormais à mettre Gabasse plus bas que terre. Il ne pouvait plus faire de mal. C’était elle qui dominait, elle le savait.
Elle était la petite princesse dont le village des gentils vantait les louanges.
Nos deux amis, si on peut les appeler ainsi, avaient donc cessé tout contact physique méchant. Maintenant, Gabasse touchait la petite pastèque qui ne cessait de grossir. D’ailleurs, il ne comprenait pas pourquoi, puisqu’il ne touchait plus Yamma.
Ce petit jeu dura comme ça deux ans et demi. Yamma était une énorme pastèque. Petite graine avait grandi !
Un jour, on entendit des hurlements terribles qui provenaient de la chambre de la jeune fille. La pastèque était en train de se vider.
Au bout d’une heure de souffrances, Yamma comprit que plus rien ne serait jamais pareil. Que la gentille dame les avait bien punis, elle et Gabasse. Et que maintenant, il n’était plus question de se battre. Elle en pris conscience lorsqu’elle vit à côté d’elle une minuscule coquille de noix, dans laquelle se trouvait un bébé. Elle essaya péniblement de se relever. Mais elle était trop faible. Alors elle demanda à Gabasse ce qu’ils allaient faire de ce petit être innocent et pur. Gabasse lui répondit qu’ils le garderaient. Que de toute façon, c’était leur fille et que personne n’avait le droit de leur enlever.
Mais au bout de quelques jours, la jolie dame qu’on n’avait pas vue depuis deux ans et demi, revint. Elle dit à Yamma :
– Ce bébé m’appartient. C’est la deuxième partie de votre punition.
– Mais, madame, lui répondit Gabasse désespérée, nous nous sommes bien comportés pendant deux ans et demi. Pourquoi vouloir nous enlever notre petit bout de pastèque ?
– Parce que, répondit la dame, je croyais que vous aviez fait un pari : celui de faire le plus de mal possible.
A ces mots, la jolie dame emporta la coquille de noix, et le bébé avec.
– Et après, maman ? Raconte ce qui s’est passé après ! me demanda Mélissa.
Je ne savais pas quoi répondre. Car c’était la fin de l’histoire.
– Tu sais ma chérie, il y a des histoire qui ne se finissent pas bien.
– Je sais, je sais.
Quelques jours plus tard, mon téléphone sonna. Cela faisait au moins deux ans et demi qu’il n’avait pas sonné. J’étais en plein milieu d’un passage clouté lorsque je reconnus la voix d’Emmanuel. Je manquai de me faire renverser lorsque je m’en rendis compte, qu’il était à l’autre bout du fil.
– Voilà, Marine, c’était pour te dire que je suis papa d’un petit garçon.
– Je… je… je suis ravie pour toi, balbutiai-je.
– Et toi ? Comment ça va ?
– Ça va, ça va, doucement, mais ça va. J’ai eu Mélissa l’autre fois. Je lui ai raconté l’histoire de Gabasse et Yamma. Et pour la première fois, elle m’a parue tellement réceptive que je me suis mise à chialer.
– Ah. Ouais. Je t’embrasse.
– Non ! Surtout, ne m’embrasse pas !
– D’accord, je ne t’embrasse pas. Si tu vois Méli, tu lui feras un bisous de ma part, OK ?
– D’ac, promis. Et toi, embrasse ta petite graine.
Mes mains tremblaient, je refermai mon portable en pensant à Gabasse et Yamma, à la petite graine de pastèque. Mélissa, c’est ma punition, c’est notre lien. Notre petite graine de pastèque, à Emmanuel et moi.

mercredi 22 octobre 2008

Roule gouttelette de vie, roule...

Mon coucou vient de sonner les douze coups de minuit. Éveillée, je sens que la soif me saisit de plus en plus la gorge: il faut se lever et boire un petit peu sinon le sommeil ne viendra pas. Parvenue à la cuisine, j’attrape un verre à la volée mais manque de bol je ne boirai pas encore puisque je le lâche et après une chute vertigineuse, il s’éclate au sol en mille morceaux. Je me baisse pour nettoyer ma maladresse mais cette nuit, la malchance me colle à la peau et le débris du verre m’entaille la paume de la main. Mon esprit est en veille (seuls mes instincts primitifs me guident) alors je ne réagis pas immédiatement mais porte simplement ma main près de mon visage pour me rendre compte visuellement de ma blessure. Une traînée de sang sur la ligne de vie. La douleur ne se ressent qu’à peine cependant, je ne comprend toujours pas ce qui s’est passé. Quelle est cette imperfection sur la route de ma vie? Je vois le sang s’étaler et sécher peu à peu. Suis- je en train de rêver? Je ne sais pas, je ne sais plus, je ne sais plus rien, je ne vois plus rien. Puis tout à coup, tout se rallume.
Je m’aperçois enfant et traversant un bac à sable de long en large. Tout me reviens à présent de cette traversée du désert: ce lieu sans route préétablie, ce paysage de dunes à perte de vue et cette solitude. Oui, cette solitude des âmes qui cherchent un point d’eau en vain. Dans ce voyage hostile, notre ombre même ne se risque pas. Et puis, il y a cette terre que l’on est incapable de marquer au fer rouge puisque nos pas derrière nous se déforment dans le grain terrestre et finissent par mourir dans les sables mouvants du vide. Néanmoins, je vivais de véritables épopées dans ce bac à sable. Ses angles symbolisaient pour moi les quatre coins du monde, cette rose où les vents nous emportent. J’étais la reine des nomades dans mon royaume de sable et ma richesse résultait de ma possession de maints châteaux.
Alors tantôt j’allais à l’Ouest explorer la forêt amazonienne dans laquelle mon corps devenait fluide et se fondait dans cette masse de paysages feuillus. Mais las de ne pas être à la hauteur des fruits exotiques je m’en allais au Pôle Sud me perdre au fin fond de la banquise, dans ce bout du monde, ce désert de glace qui créait dans mon cœur une boule de marbre lourde si lourde! Le grand froid n’a jamais été pour moi une réussite! Alors faisant demi-tour en m’accordant une petite halte aux Triangle des Bermudes, gouffre de l’oubli, je me dirigeais vers le nord, battant en retraite dans les Highlands écossais, dans un monde pris en étaux entre ciel et terre. Et l’automne faisait son œuvre de purification mais en même temps que le vent balayait les feuilles des arbres, il grisait ma peau. Là, regardant le reflet que me renvoyaient les eaux du lac, je m’aperçus que j’avais vieilli.
L’Est ou j’allais bientôt accoster mettrait un terme au cycle de ma vie. Oui, la petite goutte de sang a bien voyagé et longtemps. Cette ultime goutte qui ruisselle sur ma main arrivera sous peu à la fin de son périple sur la ligne de vie. Mais pour l’instant, elle avance, elle roule, plus rien ne peut l’arrêter. Elle est, elle aussi, reine des nomades. Elle est, elle aussi, solitaire. La plaie d’où elle est née, son point de départ, sa ligne de démarcation restera le seul souvenir qu’elle me laissera alors que moi sur le chemin de ma vie, j’ai laissé mon empreinte, j’ai laissé un peu partout des indices de mon être, de ma visite. Mais soudain, une patte d’oie se dresse se dresse devant cette gouttelette sanguinolente. Doit-elle mettre le cap à droite ou à gauche? Elle hésite mais il ne revient pas à elle ce choix car c’est mon sang, mon voyage, ce pourquoi je me bas.
Je ferme alors les yeux et retourne ma main. Elle, emportée par son poids, amorce son ultime trajet en chute libre pour enfin s’écraser au sol comme mon verre. Je nettoie le tout et panse grossièrement ma ligne de vie. Je croyais que mon périple s’achèverait une fois dans mon lit vidée de tout mon sang. Mais la douleur de ma main est à présent insoutenable. Le fantôme de la goutte est toujours en moi. Il me tiendra éveillée jusqu’au petit jour, il me tiendra immobile sur une route sans fin, sur une route sans point de fuite ni retour. Quelle est la prochaine étape? Où est-ce que je vais?

mardi 21 octobre 2008

LA TACHE


Les murs avaient été mal repeints, à tel point que les taches de cigarette que le Maître avait laissées ressortaient encore plus. Elle aurait aimé que les murs soient blancs, propres, nets. Mais ils ne l’étaient pas. Le Maître avait vidé la pièce. Il ne restait que deux tables et une chaise. Pourquoi deux tables ? Elle n’en savait rien. Elle aimait le bureau qui était placé près de la fenêtre. Le Maître ne l’avait pas condamnée. Elle l’ouvrit donc pour goûter ce qu’elle appelait un "petit bout de réel".
L’air dans ses narines l’agressait et contrastait de manière presque brutale avec l’odeur de soufre qui régnait dans le cabinet du Maître. Parfois, il lui arrivait de se demander quand est-ce qu’elle pourrait ouvrir entièrement la fenêtre, puis les portes, puis, puis… autre chose, aussi. Mais elle ne savait pas quoi. Tout était grisâtre, jaunâtre et verdâtre. Alors, elle se penchait à la fenêtre et respirait l’odeur de la nuit, de la ville, de la vie.
Les visites du Maître étaient rares, mais elle avait pour habitude de l’attendre, encore et toujours, sachant pertinemment qu’il ne viendrait pas, et que c’était peine perdue de mettre la robe en lin rose qu’il lui avait offerte. Même pas de livres pour la consoler, juste des taches de nicotine sur les murs. Elle imaginait que c’était des nuages, et leur donnait des formes, des couleurs et des structures : jeu d’enfant que d’inventer sa vie.
Un jour, elle remarqua une tache différente des autres. Cette tache était plus grosse, plus rouge, plus brillante. Tache de sang peut-être ? Ou tache de rouge à lèvres ? Dans les deux cas, cette tache attirait son oeil. Elle lui parlait. Enfin, elle imaginait un dialogue. Parce que depuis dix ans qu’elle était enfermée dans la pièce, aucun mot ne sortait de sa bouche. Elle avait bien essayé une ou deux fois de hurler, de sortir. Mais en vain.
Pourtant, de la fenêtre ouverte, elle aurait pu essayer de sauter, de partir, de courir respirer l’air de la ville, l’air de la foule, l’air de la vie. Mais rien. Quelque chose l’empêchait. Quelque chose que personne ne pouvait comprendre. Même pas elle.
Pourtant, le suicide, elle y avait pensé. Sauter et ne plus sentir le poids de son corps. Sauter, puis le vide. Cette idée ne lui faisait pas peur. Non, c’était autre chose. Comme une attraction qui la poussait à rester dans cette pièce maudite, avec cette tache de rouge à lèvres ou de sang.
L’air qui passait dans ses narines l’agressait. Pourtant le bruit de la foule, le bruit de la ville, le bruit de la vie, elle avait bien essayé de l’entendre. Mais le Maître était là. Il était toujours là, même dans ses absences, mêmes dans ses silences.
Et sur le mur d’en face, cette tache, de rouge à lèvres ou de sang, vingt ans qu’elle était là. Peut-être trente. Elle ne savait pas. Alors parfois elle essayait de se lever, mais trop faible, trop fragile, trop frêle pour goûter le bruit de la vie, le bruit de la foule et de la ville, elle tombait. Elle restait un long moment sur le sol. Pas de bruit. Juste le silence qui pesait lourd, très lourd sur sa conscience. Juste un cauchemar. Cet enfant, la mer de sang. Et puis plus rien.
Le Maître avait dit une fois qu’elle ne servait à rien, qu’elle était muette, qu’elle était inapte, impropre à la vie, à la ville, à la foule. Et à la mort aussi.
Condamnée à ne pas bouger, à ne pas parler, à ne pas mourir, elle respirait cet air qui l’agressait, respirait par habitude, par mécanisme, par doute.
Voilà ce qui lui restait. Elle et sa robe de lin rose, elle et sa peau trop pâle. Elle et son manque d’équilibre. Elle et les absences du Maître.
Il avait la clé du monde, de son monde. Il avait aussi la clé de son corps, de son coeur, de son esprit. Elle n’était pas prisonnière de la pièce. Elle était la prisonnière d’un cerveau, d’un esprit tordu, jaloux, malade. Prisonnière d’un tableau jauni par le temps, jauni par les larmes, jauni par les cris qu’elle ne pouvait plus pousser. Prisonnière enfin, comment sortir de la pièce ? lorsqu’on est la prisonnière d’une idée, d’une envie, d’un besoin.
L’air qu’elle respirait dans ses narines l’abattait, encore plus fort que les autres soirs. Et la tache de rouge à lèvres, ou de sang, était devenue une mare, un ruisseau, un étang. Peut-être même un océan.
Et si un jour elle s’ouvrait les veines ? Est-ce qu’elle pourrait enfin sortir du tableau ? Respirer la ville, respirer la foule, respirer la vie ? Plus d’enfant, plus de vague, et plus de cauchemar. Plus de Maître. Mais autre chose d’encore plus terrifiant qui la faisait trembler à chaque fois qu’elle y songeait. Cette autre chose, elle n’avait pas de mot pour l’exprimer, pas de mot pour sortir sa douleur, ses peurs, ses doutes. Elle n’avait pas de mot pour sortir de cette pièce, de cette toile, de ce tableau qu’elle détestait par dessus tout. Enfin, elle n’avait pas de mot pour hurler au Maître qu’il n’avait pas le droit de l’enfermer, de la séparer de la vie et du bruit. Et de ce petit être qu’il avait un jour emporté comme la vague de ses cauchemars avait englouti l’enfant dans un océan de larmes.

dimanche 19 octobre 2008

Il était une fois.

Il était une fois un pays qui ne connaissait pas les beaux jours. Ni soleil, ni fleurs ne venaient l’égayer. C’était un endroit triste, sans vie presque. Seuls les poissons de la rivière glissaient mélancoliquement dans l’eau grise. Eau qui ne produisait aucun clapotis.
Il n’y avait pas de vent faisant danser les feuilles. Il ne pleuvait pas mais le ciel était gris. Aucun oiseau ne volait dans ce décor de film glauque.
Il y aurait pu y avoir des fleurs, leur couleur aurait été grisâtre, prenant la teinte des prairies alentours. La seule maison existante au centre du paysage n’était pas en ruine mais tout portait à croire qu’elle allait le devenir. Les fissures commençaient à manger les murs et les volets clos étaient rongés par l’usure du temps. On aurait pu enfoncer la porte d’un coup de pied, elle serait tombée en poussière, révélant une pièce sombre. Il y avait une grande table de bois, autrefois somptueuse, il n’y avait plus de chaises. La pièce qui avait dû servir de lieu de vie était aujourd’hui morte, la saleté s’accaparant le moindre centimètre carré de mur libre.
L’espace délimité autour de la masure et qui avait dû servir de jardin était en friches. Les feuilles et arbustes morts craquaient sous la semelle et la petite boite aux lettres n’avait plus de porte.
On voyait la rivière qui s’étendait à perte de vue mais on ne l’entendait pas et elle s’enfonçait dans un horizon encore plus sombre. La nuit ne devait surement pas exister ici, le noir était déjà bien trop présent pour pouvoir s’attribuer le peu de lumière qui arrivait à filtrer à travers les nuages. Même les insectes restaient tapis sous la couche de feuilles flétries et il n’y avait plus d’animaux. Aucun arbre ne venait troubler la ligne grise du lointain. Seuls quelques arbustes rabougris essayaient encore en vain de protéger la propriété autrefois privée des voyageurs inexistants.
Un volet grinça alors qu’il n’y avait pas un brin d’air. En fait, ce n’était que la porte des combles que ma mère venait de pousser.
- On t’a déjà raconté l’histoire de ce tableau ? Me demanda-t-elle. Il était une fois…
- Un pays qui ne connaissait pas les beaux jours, continuai-je, ni soleil ni fleur ne venait l’égayer.
Ma mère sourit et referma la porte.
Au lieu de me replonger dans le décor, j’ouvris la fenêtre et sentis la douce chaleur du soleil venir me réchauffer le visage.

jeudi 16 octobre 2008

DUREX

Ma chienne s’appelle Milka. Milka comme le chocolat. Et le plus étonnant, c’est que c’est vraiment une marmotte. Elle est gentille, gourmande, elle se fout pas mal de la pub qui vante la marque de ses croquettes. Pedigree, parce que votre chien le mérite. Moi je la copie, et je m’en suis aperçue ce matin. L’Oréal, parce que je le vaut bien. C’est exactement le même principe. Sauf que Milka, quand tu lui donnes du Pedigree ou de la pâtée pour chat, elle s’en fout du moment qu’elle a quelque chose à se mettre dans le gosier.
C’est une chienne d’assistance qui a faillie être réformée tellement elle était désobéissante. D’ailleurs, inutile de l’emmener à la fac. Remarque, ça me ferait une bonne attraction, une bonne pub à moi aussi.
Dans la série des chocolats, il y a ce poisson rouge qu’on voit tourner dans son bocal, coupable d’avoir trop mangé de mousse au chocolat, à tel point qu’on lui lance : « Tu pousses le bouchon un peu trop loin, Maurice ! ». C’est vrai, il a dépassé les bornes des limites, cette fois. Surtout lorsqu’il m’a présenté Michaël. Je dis ça parce que ce petit malin a eu la bonne idée de m’envoyer : « Tu pousses le bouchon un peu trop loin Maurice ! » comme sonnerie de téléphone. Alors, à chaque fois que je reçois un texto, j’entends les reproches de ma mère, les remarques désobligeantes de mon père, et toutes ces fichues normes de la société qui me répètent : « T’as trop mangé de mousse au chocolat, Marine ! »
Un jour, j’ai invité Michaël à la maison. Mauvaise idée ! Parce que son téléphone était rempli de sonneries débiles du style : « le plouf ça nous rend ouf ». Bref, machine à pub et joli séjour en perspective.
C’était pas un canon de beauté, pas comme le mec qu’on peut voir nu pour le parfum Boss. Mais bon, tant pis. J’avais besoin d’amour, et l’amour rend aveugle. Pourtant, j’aurais dû voir qu’il mesurait 1m 35, que même assise, je le dépassais. Il avait, à ce qu’il m’avait dit, un problème au genou, il boitait, mais je ne sais plus aujourd’hui si c’était pas dans sa tête que ça boitait.
En fait, c’était un voleur, un arnaqueur, un tricheur et un menteur, et je m’arrêterai là, sinon je vais tomber dans une vulgarité extrême, qui dépasserait la bienséance.
Premier jour : on regarde la télé en s’empiffrant de broonies aux pépites de chocolat, Papy Brossard, bien sûr. Tout va bien.
Deuxième jour : direction la FNAC à Nîmes pour aller chercher une je ne sais plus trop quoi. Il s’arrête, regarde les portables, -je précise les ordinateurs portables. Il me dit :
– T’en as un, toi !
Je lui réponds :
– Oui, un tout neuf, il a neuf mois.
– Ah ! c’est cool ! Moi, il m’en faudrait un pour le travail.
Car ce jeune homme a un emploi. Il travaille pour Solidarité Sida. D’ailleurs, en parlant de ça, il m’a fait décrypter toutes les pubs pour les préservatifs. C’était génial. Non, sans rigoler, j’aurais pu refaire le slogan : Durex, le bon réflexe !
Sauf que voilà : le troisième jour, quand on est rentrés à la maison, quand on est revenus de la FNAC, je n’ai pas eu le bon réflexe. Et le lendemain, un joli mot m’attendait sur la table : Bécasse, parce que tu le vaux bien.
Il m’avait piqué mon ordinateur. Et ma vie privée avec.
Cela dit, l’ordinateur, je m’en fous. Ça se change, on prend un crédit pour s’en racheter un autre, mais ça se change. Mais ma santé, c’est autre chose…
Alors, je me suis renseignée. Il ne travaille pas pour Solidarité Sida. Il n’a pas de difficultés pour marcher. Et il est recherché quasiment dans toute la France pour abus de confiance, vol et recel avec récidive.
Aujourd’hui, en allant à l’atelier d’écriture, j’ai mangé un Kitkat avec les deux femmes de ma vie en me disant que ce serait trop con de m’en aller car elles ne pourraient plus m’admirer en train de m’étouffer avec une barre chocolatée.
Alors, les amis, moi je vous le dis : Ayez toujours ce slogan en tête : Durex, le bon réflexe !

dimanche 12 octobre 2008

Vive la volonté...

Vive la volonté...
Il y a bien longtemps de cela, un peuple de grands fainéants vivait au bord du Grand Fleuve. Dans ce peuple vivait Yammas et Gabbas, deux amis, qui se disputaient pour savoir lequel des deux ferait le plus de mal possible...

Yammas, je te dis que priver de nourriture la famille de gourmand n'est pas vraiment quelque chose de méchant.
Pourtant, si tu voyais comment ils ont fini. Il a tout de même mangé sa femme...
Oui, mais même.
Bon soit... Tu te souviens du crocodile ?
Ouais pourquoi ?
Il est mort... J'en ai fait un sac à main, je vais l'offrir à ma mère.
Elle le verra pas...
Pourquoi donc ?
J'ai voulu tester mes nouvelles lances ce matin... Elle y a perdu ses yeux.
Bof... C'est l'intention qui compte...
Mais je comprends mieux maintenant pourquoi il n'y avait plus le crocodile l'autre jour...
Comment ça ?
Maman avait envie d'une dinde farcie.
Mais on a pas de dindes ici...
Je sais, mais bon, vu la taille de la poule, c'était comme si...
Et pour la farce ?
Ben, c'est du fait maison. Avec le "cœur"...
Et elle l'a mangé ?! Elle sait ce que t'as fait à cette pauvre poule ?!!
Non, c'est la surprise du chef... hé hé...
... Mouais. Bon sinon, l'autre jour je suis allé voir les orphelins exilés.
Pourquoi faire ?
Ben leur rappeler qu'il y a bientôt la fête des mères...
T'es salaud quand même.
Je sais... Hé hé hé...
Remarque, tu me diras je suis pas mieux, enfin si je suis mieux que toi.
Pourquoi ?
Le couple qui peut pas avoir d'enfants, je suis allé les voir et leur ai dit qu'il y avait un village avec plein d'orphelins, et qu'ils pouvaient aller s'y servir.
C'est pas méchant ça.
Si par ce que j'ai mis le feu au village. Ils pouvaient encore choisir parmi les survivants. Enfin seulement si ils survivaient aussi à l'assaut des gros animaux. Résultats des ourses, sur les 6 restants, 3 se sont fait écraser par des éléphants, 2 se sont fait manger par les lions, et le dernier est tombé a l'eau... Il s'appelait Grégorie, il avait un pyjama, ça devrai aller pour lui... Enfin, si il a de la volonté...
Et ensuite ?
Ben, parmi les deux gosses mangés, il y en avait un pas tout à fait mort. J'ai dit au couple, que si ils me laissaient une semaine, je pourrais lui recoudre les morceaux manquants avec les restes des autres morts... De toute façon, c'est pas les parents qui vont venir réclamer les dépouilles... Hé hé hé..! Bon, je vais te laisser, Aladin vient manger à la maison, et j'ai pas fini de faire cuire Jasmine. Je l'ai étouffé avec son foie, mais il est resté coincé dans sa bouche... Donc je vais la faire cuire à la broche, et présenter comme un cochon, sauf qu'à la place de la pomme , c'est un foie... C'est pas grave, 'faut varier les plaisirs.
T'es encore plus pourri que ce que je pensais...
Plus que toi ?
Non quand même pas...
Tu en es sûr ?!
Bien sûr...
Tu te souviens de la vieille dans la rue ? Celle sans famille ?
Oui.
Je l'ai violé. Et quand elle m'a menacé d'aller au poste, pour me dénoncer, je l'ai tué... Et dépecé vive aussi. Mais je l'ai aussi épluché.
...Hien ?! Raconte !
Ben avec un économe, lambeaux pas lambeaux, je lui ai enlevé la peau du visage... Un peu comme une pomme. Par contre, je savais pas qu'il pouvait y avoir autant de sang dans une arcade sourcilière... Après j'ai commencé à la dépecer, mais comme elle criait trop, j'ai fini par l'égorger...
Et le corps ? Tu l'as déplacé ?
Ça va pas ?! Non ! On est des fainéants...
C'est vrai...
Non mais ces vieux quand même... Je te jure, aucune reconnaissance, un viol à 65 ans, c'est pas un viol, c'est un service rendu...
T'es sans morale...
Moi ? Non. Par contre il y en a une à tout ça.
Ah bon ?
Ouais. Dans la vie, il faut toujours un peu de volonté. Il en faut pour survivre à une chute à l'eau, il en faut aussi pas mal pour violer une vieille... Et encore plus pour reconnaitre que ce n'est pas un viol, mais un acte de charité...
Et pour se lever aussi...

lundi 6 octobre 2008

Et le monde fut créé...

Au commencement, il y avait une énorme goutte de lait alors arriva Doondari et il créa la pierre. Mais comment cela est-il arrivé? Tout n'était qu'un immense sablier. Néanmoins, il n'était pas rempli de sable comme les autres mais de lait qui restait en suspens dans la partie supérieure.
Quand soudain une légère vibration sortie tout droit du néant qui entourait ce sablier le percuta et amorça le compte à rebours. Une goutte tomba, une vibration frappa et ainsi desuite. Tout s'enchaina dans une alternance infinie. Et c'est comme cela que le vent et la mer furent crées.
Les ondes provoquées par le vent froissaient la peau laiteuse de cette mer. Puis, Doondari arriva, on ne sait d'où ni comment mais certains se plaisent à croire qu'il est né d'une vibration maritîme et que le vent l'a emporté hors du sablier et qu'une fois adulte et accompli, il revînt vers sa mère se blottir dans ses bras fluides et blancs comme la neige. Mais tout a une fin et celle-ci se retira dans les bas fonds. La mer perdit sa couleur pure et ne devînt que l'ombre de la peau grisâtre de la défunte qui reposait six pieds en dessous d'elle. De là, se séparèrent l'eau et le lait qui devînt le sable, les cendres d'une âme éteinte. Doondari venait de perdre une moitié de lui, une moitié de vie.
Alors, le vent gémissant en canon avec lui, emporta ses larmes dans la partie supérieure du sablier. Elles stagnèrent comme aux premiers instants et se cristallisèrent formant ainsi un ciel de lait. Mais Doondari ne put freiner sa peine et le vent ne put arrêter l'ascension de ses larmes. L'espace manqua et le verre du sablier trop plein éclata laissant les larmes cristallisées en apesanteur. Elles étaient devenues dures comme du marbre et aussi rondes qu'une noix de coco dont le lait aurait caillé et elles rencontrèrent la mer qui s'agrippa à elles. La Terre fut créée. Alors les cendres de la défunte s'éparpillèrent dans le néant qui s'illumina de mille feux. Les poussières d'étoiles prirent place, l'univers apparut et le soleil, la plus grosse étoile, le coeur d'une mère, s'embrasa comme une torche.
Au commencement, il n'y avait qu'une énorme goutte de lait et Doondari arriva et il créa la pierre. Comme quoi, il a suffit d'un peu de lait et de l'enfant d'une onde pure pour réaliser une parcelle de terre, des mers, une faune, une flore, un petit monde et un cycle de vie.

mardi 30 septembre 2008

DESTINATION Mr O.

Car je te disais que souvent, je te disais quoi déjà, ah oui, marcher, marcher, et toujours marcher sans s’arrêter, marcher avec difficulté, mais marcher toujours, jusqu’au point de non retour. Comme tu peux le voir, je suis vieille et fatiguée, mon dos est courbé, j’ai trop marché.
– Mais pourquoi tu dis ça Mamie, tu ne peux pas marcher toi.
– Tu sais Maïa, il y a des voyages que l’on fait dans sa tête. Quand j’avais ton âge, je faisais beaucoup de route de Toulouse à Nîmes et de Nîmes à Toulouse. Mais ce trajet là était linéaire. J’ai toujours détesté les autoroutes. Alors pendant sept ans, sept ans d’internat, sept ans de route, je me suis inventé des voyages jusqu’à ce que je rencontre monsieur P.
– Monsieur P. ? C’est qui déjà ?
– Oh, sans importance. Donc, avec monsieur P., je me suis posée pendant trois ans, trois ans d’autoroute. Et puis un jour, monsieur P. est parti. Il a pris un autre chemin sans moi. La route est devenue plus longue alors, mais cette route était inévitable, celle de la solitude. Le dos courbé, j’ai continué à marcher. J’ai fait trois ans de faculté, pendant lesquelles je n’ai pas emprunté d’autre route que celle qui m’amenait de la maison jusqu’à la fac. La fac avec ses gros pavés, vraiment pas accessible quand tu marches avec des roues. Je mettais presque autant de temps pour atteindre la salle de classe que pour rentrer chez moi. J’avais mal. J’y allais quand même.
– Pourquoi, Mamie ? Pourquoi étais-tu obligée d’y aller ?
– Parce qu’il y a des chemins qui ne mènent pas toujours à Rome. Des chemins qui t’ouvrent le coeur et l’esprit. Les chemins du savoir.
– Oh, Mamie, c’est pas marrant ce que tu me racontes. Raconte-moi plutôt comment t’as connu Papi.
– Comment j’ai connu Papi ? Alors, attends que je me souvienne. Ah oui ça y est j’y suis. A l’époque j’avais un ordinateur, agréable outil pour me permettre de voyager. Et une fois, j’en ai eu marre de voyager virtuellement. Il fallait que je recommence à marcher. Que je fasse vibrer mon corps, mon esprit. Donc un jour, quelqu’un m’a dit : je serai là demain. Je t’attends à la fac. Je connais Vauban. Je suis des Carmes, mais je peux venir à Vauban pour toi, rien que pour toi. Et monsieur O. est venu. Pas de grand rendez-vous, juste un Je t’attends au parking des profs, sois à l’heure.
– Et alors, alors, mamie, qu’est-ce qui s’est passé, qu’est-ce qui s’est passé ?
– Attends, je vais t’apprendre à voyager dans ta tête. Alors, tu imagines ta vieille grand-mère, avec soixante ans de moins, sur son fauteuil électrique. Tu l’imagines, c’est bon ? Non, non… Ferme les yeux, c’est mieux. Voilà, comme ça. Imagine la peur, une boule au ventre énorme comme lorsque tu es sur le point de rendre un devoir de maths que tu n’as pas réussi. Tes joues rougissent un peu. Tu as le coeur qui bat fort, fort, fort !
– Ah oui, je comprends, comme quand je vois Adrien ?
– Exactement, comme quand tu vois Adrien. J’ai pris mon taxi, comme tous les matins, on avait rendez-vous à 9h. Mes mains tremblaient. Je n’arrivais plus à articuler. J’étais ma coiffée, mal habillée, et j’étais surtout très en colère.
– En colère ? Mais pourquoi mamie ? Qu’est-ce qu’il a fait le monsieur ?
– Rien. Monsieur O n’a rien fait. J’étais en colère après moi.
– Après toi ? Qu’est-ce que c’est compliqué un adulte !
– Oui, j’étais en colère après moi, non pas parce que j’allais voir monsieur O. mais parce que je m’en voulais d’avoir réussi momentanément à oublier monsieur P. A ressentir quelque chose de beaucoup plus fort que la première fois où j’ai vu monsieur P. Je suis arrivée au parking à 9h moins 20. Je suis allée prendre un café. Mauvaise idée. Mon coeur battait encore plus vite. Je scrutais chaque jeune homme qui approchait un peu trop près de moi. Je ne voulais pas être surprise en voyant monsieur O. J’ai tourné, j’ai viré, j’ai voulu aller à la bibliothèque mais elle n’était pas encore ouverte. Alors j’ai refait le trajet mainte et mainte fois, de la bibliothèque au parking, du parking à la bibliothèque. J’étais dans un état indescriptible. 9h moins 10 : toujours personne. Et mon coeur qui battait au rythme d’une pendule tic tac tic tac tic tac. Alors j’ai bu un autre café. Je devais avoir les nerfs solides. Je savais qu’il était très différent de monsieur P. Je savais qu’il avait les yeux aussi noirs que monsieur P. les yeux bleus. C’est tout ce que je savais. Mon coeur lui aussi faisait un voyage extraordinaire. Un voyage très différent dans lequel il inventait toutes sortes de dialogues fictifs, dans lesquels je jouais à la fille détachée et forte. Mais en vérité, j’étais faible.
– Et alors Mamie, il est venu ? Il est venu ?
– Bien sûr qu’il est venu ! Tu crois quoi ? De toute façon il n’avait pas le choix il devait venir pour écrire un autre voyage. 9h moins 5 : je ne sentais plus mon corps. Mon âme était détachée de son enveloppe et je continuais à voyager de la bibliothèque au parking. Et vas-y que je t’en faisais, des voyages ! Je me suis même surprise à être sur la terrasse d’un grand hôtel avec une chambre où on avait étalé des pétales de roses tout autour en cercles ; je m’imaginais les tapis et des mots d’amour… Tout à coup, je fus touchée par la grâce divine.
– Mamie, qu’est-ce que c’est, cette histoire de grâce divine ? Tu n’as jamais cru en Dieu.
– Je sais. J’ai vu les yeux d’un ange. Il a marché jusqu’à moi lentement, très lentement. J’étais presque morte. Le souffle me manquait. Le voyage que j’avais entrepris avec monsieur P. était arrivé à son terme. Et là, à cet instant précis, cet instant où je me sentais défaillir, commençait le voyage avec monsieur O. De taille plus petite que monsieur P., il portait une chemise blanche, et lorsqu’il s’approchait de moi pour me dire bonjour, je pus entrevoir des montagnes, des déserts, des voyages au bout de mes nuits. Je dis ça parce qu’il sentait le sable. Monsieur O. sentait bon le sable. Depuis, il y a eu d’autres voyages que j’ai faits avec ou sans lui car, à chaque rendez-vous que je lui donnais, il prenait souvent un autre chemin, un chemin détourné, qui me faisait languir, qui me faisait battre le coeur encore plus fort à chaque fois. Et à chaque rendez-vous manqué je refaisais le même voyage, le même trajet. J’allais l’attendre au centre ville, et quand il n’arrivait pas, je m’inventais des voyages où il m’emmenait loin, très loin. Oui, je suis d’accord, il n’est pas souvent venu. Mais tu sais, un voyage n’est pas forcément obligé de se terminer, il peut continuer, continuer sans trouver de fin. Car ce qui compte, ce n’est pas où tu vas, ce n’est pas quand tu dois y aller, c’est par quel moyen tu y vas et comment tu te sens lorsque enfin tu trouves le plus court chemin vers ton bonheur. Monsieur O. qui est aujourd’hui ton grand-père m’a donné des petits mots de bonheur et de grands voyages. Le voyage du savoir, de la patience, de la tolérance et de l’amour.

mercredi 24 septembre 2008

BRANCARDS

Je me suis cassé la gueule comme souvent d’ailleurs, un gros bruit sourd, boum ! la tête la première contre le carrelage. Eh oui ! je n’ai pas de réflexe parachute. Une fois par terre, on est bien. Plus aucune douleur. juste des sons qui remontent. Et pas seulement aux oreilles. Des sons qui remontent par le nez, par la bouche, juste un petit cliquetis de mon bracelet en argent qui s’est cassé pendant ma chute. Et juste l’odeur amère du sang qui coule de mes lèvres. Après ça vient l’odeur de l’alcool. Pas celui qu’on boit, non. Celui que l’on applique pour soigner les blessures. Ça pique. C’est froid. Et ça monte au nez. Ensuite, vient une odeur que j’aime. L’odeur particulière du rouge à lèvres à maman. Cette odeur fruitée, un peu sucrée qu’elle dépose sur ma joue comme on mange un bonbon.
Des fois -ça se passe pas toujours de la même façon- des fois, je tombe mais la chute est plus brutale et les bruits différents. Tout de même, ce bruit là je pourrais l’éviter. C’est le bruit de l’ambulance. Car j’ai eu la bonne idée de me casser le menton et de me péter autre chose par la même occasion. Mais bon, passons. Ah oui, le bruit de l’ambulance, comment ça fait déjà ? Une petite musique répétitive, pas très mélodieux mais au bout du compte, t’arrive plus ou moins à fredonner quelque chose dessus. Ambulance oblige, vient l’odeur de l’hôpital, et les bruits qui l’entourent.
Ce bruit là est encore pire que le bruit de ma chute. Comme j’ai des difficultés pour voir, j’ai développé un sens particulier qui est celui de trop entendre. Quand tu as cinq ans, et qu’on te dit que tu vas avoir le genou déformé à vie, là, tu as envie d’être sourde. Mais bon, c’est pas grave. Un peu de sens de l’humour.
A l’hôpital, un bruit succède à une odeur. J’adore lorsqu’on vient me changer les draps pour en mettre des tout neufs. Le tissu froissé s’accouple à une odeur âcre de trop propre, trop lavé. Alors, mon esprit divague. Il part loin, très loin, jusqu’à la boulangerie de mon grand-père, jusque dans le four chaud, jusque dans les moindres petits clapotis de la pâte en train de dorer. Là, je retrouve des bruits et des odeurs qui me font sourire. A côté du four, mon grand-père a placé un piège à rats, car une fois, la pièce en avait été infestée. Et je ne sais pas pourquoi, je m’imagine toujours le doux bruit de la tapette qui se referme sur la queue du rongeur.
Ah, que je déteste les rats ! Cet animal répugnant, il faudrait le javelliser ! Au fait, je t’ai pas dit, quand je suis tombée la tête la première dans le seau de Betadine. Oh, remarque, il fallait m’opérer, me désinfecter, comme le rat ! Je préfère penser aux pains aux chocolats. Franchement, j’ai mal choisi mon jour pour me casser la margoulette ! Le 13 février, alors que j’aurais pu entendre le chant des oiseaux et de mes parents essayant d’articuler un Happy Birthday. Non, j’ai préféré le bruit des brancards qui roulent, qui se bousculent, qui se tamponnent, claquent, c’est pire que sur une autoroute !
J’te jure, ils devraient faire des limitations de vitesse ! Et penser à changer les roues de temps en temps. parce qu’avec les roues qui couinent, j’te raconte pas l’horreur pour des oreilles trop sensibles.
Ce qui me gêne le plus, c’est que ma voisine d’à côté vient de se faire opérer pour la onzième fois et qu’elle murmure des trucs morbides dont je ne comprends même pas le sens. Angélique, je crois qu’elle s’appelle Angélique. Drôle de prénom pour une commère ! On a dû mal lui placer son dentier car elle zozotte. Pire que ça : avec sa bouche, elle fait le bruit d’un ventilateur. Pardon si tu m’entends, Angélique, mais c’est la vérité.
Six ans. Aujourd’hui j’ai six ans. Et le seul cadeau qu’on a à m’offrir, c’est un bain de Bétadine, une vieille rombière et quatre roues qui couinent.
Question bruit, je suis servie. T’en voulais des bruits ? T’en as eu.
Comme si ça ne suffisait pas, voilà ma charmante voisine qui se met à me raconter ou plutôt à me siffler tellement l’air passe entre ses dents, que son mari la trompait avec quoi ? avec qui ? Non pas avec une femme mais avec un homme. Comble du ridicule, je me mets à imaginer le chant de la famille en deuil, qui apprend que leur pauvre tante, leur pauvre cousine, a mis fin à ses jours parce que son mari est parti avec un autre homme. Alors là, j’te sors le grand jeu, les grosses cloches, et le clairon comme en temps de guerre, un truc énorme qui fait plein de bruit, pour pas m’apercevoir, qu’en fait, on est en train de me plâtrer la jambe de la hanche jusqu’à l’orteil.

PAGE NOIRE

J’adore mon sac à dos. C’est mon père qui me l’a offert pour mon anniversaire. Je devais avoir sept ou huit ans. C’est dingue la valeur sentimentale qu’il avait, ce foutu sac à dos.
Je ne sais pas très bien si c’était une besace ou un grand sac de voyage. Tout ce que je savais maintenant c’est qu’il commençait à peser très lourd.
Je m’arrêtais donc pour savoir ce que j’avais pu y mettre. Stupidité d’emporter trop d’affaires ! Mon fiancé me l’avait dit. Il disait toujours des choses justes, des choses pertinentes.
Bref, dans mon sac à dos, que pouvait-il y avoir ?
Certainement des livres. De vieux torchons griffonnés, des articles de journaux découpés, et de bien obscures pensées.
Normal. C’était le sac à dos que m’avait offert mon père.
Trêve de plaisanteries. Je découvrais des livres que je n’avais pas lus, ou que je n’avais jamais osé lire, comme tous ces souvenirs qu’on cherche à refouler, on ne sait pourquoi, on ne sait comment.
Je décidai d’en ouvrir un. Mais à ma grande surprise, toutes les pages étaient abîmées, moires, salies. Je distinguai à peine les mots. Les mots, mais quels mots ? Ce n’étaient même pas des mots mais une sorte de langage codé, indéchiffrable.
Mais pourquoi avais-je emporté des livres ?
Sans doute parce que j’étais amoureuse de ces bouquins dont je n’avais jamais lu une page. Mais il ne devait pas y avoir que des bouquins dans mon sac !
Autre chose pesait lourd.
Voyons. Mon journal intime. Un vieux pyjama. Des stylos, puisque je ne me séparais jamais de mes stylos. Mon père m’avait donné l’habitude d’écrire des pages et des pages de n’importe quoi. Des phrases sans queue ni tête. Mais j’écrivais. Tout le monde me disait que je devais écrire, qu’à défaut de parler, à défaut de sourire, je devais écrire.
Parler rime à quoi ? Ecrire, c’est beaucoup mieux Marine, si tu veux avancer dans ta vie vers quelque chose d’utile dans ton existence.
Alors non, il n’y avait pas que des livres dans mon sac, il y avait aussi tous ces bouts de phrases, tous ces mots que j’avais balancés, que j’avais crachés jusqu’à en vomir, parce que je ne sais pas parler. Je ne sais pas m’ouvrir.
Mon père et ses conseils, mon fiancé et ses conseils, tout le monde s’obstinait à vouloir diriger ma vie. Et au cours de mon voyage, je m’étais dit que j’allais pouvoir tout oublier, le poids des conseils et le poids des mots.
Je voulais écrire quelque chose de léger, quelque chose de drôle et d’apaisant. Et je n’y arrivais pas.
Et d’un seul coup, le poids de mon sac me ramenait à mon incapacité à m’exprimer autrement que par la peine, la solitude et la souffrance.

Le poids de mon sac contenait exactement tout ce qu’on avait fait de moi, une matière lourde, instable et pesante, informe, impropre à toute forme, à toute forme de vie. Mon passé, mes regrets, tout ce que j’aurais dû dire et faire avant de quitter mon fiancé et de quitter mon père était là.
De toute façon, comme disait ma mère, je portais le poids du monde sur mes épaules.

mardi 23 septembre 2008

A LA PÊCHE AUX BRUITS...

Quand j'étais petite, il y avait des bruits qui me faisaient peur.
Comme celui de l'alarme qui se déclenche en pleine nuit à cause des orages.

Il y avait aussi des bruits qui me rendaient triste.
Comme la musique du Roi Lion lorsque Mufasa meurt sous les yeux de son fils.

Un bruit que m'a suprise ?!
Celui du boulanger qui klaxonne devant la maison. Ma mère nous achetait des croissants, à ma soeur et moi.

Il y avait aussi des bruits qui me donnaient envie.
Comme celui de la porte du fou qui s'ouvre sur un beau gâteau que nous avait préparé ma grand mère.

Mais par dessus tout, le bruit de mon enfance que je préfère c'est celui des lèvres de ma mère qui claquent sur mes joues pour me dire bonne nuit.